05.06.2009

Etreintes Brisées

etreintes_brisees.jpgC’est non sans a priori que je me suis rendu au cinéma pour voir le dernier film d’Almodovar. En effet le réalisateur dit de « la nouvelle vague espagnole », s’est fait connaître pour son obsession du phénomène transgenre (bi, homo, trans. et j‘en passe des meilleurs) mais aussi un réel intérêt pour la consanguinité et l’inceste.
Avec une touche de morale boboisante du type critique sociale sur le système de santé, les inégalités sociale, défense du féminisme… Almodovar s’inscrit aussi dans un courant clairement anticlérical n’hésitant pas à faire des amalgames du type curés/pédophiles (cf.: La Mauvaise Education). En somme un tout très conformiste dans le cinéma actuel.
Cependant Etreintes Brisées sort des clichées habituels du cinéaste, généralement assez « crue » voir vulgaire (cf.: Volver) il maintient dans ce film une certaine retenue (si l’on met à part quelques répliques) et développe un réel esthétisme avec de superbes prises de vue agrémentés d’une musique troublante et qui se fond dans l’image.
Le jeux des acteurs est vraiment bon avec une Pénélope Cruz au sommet de son art et un Lluis Homar qui excelle dans son rôle d’aveugle nostalgique.
Le suspense, bien que n’étant pas une condition sine qua non à la réussite d’un film, nous tient en haleine jusqu’au bout tout en sachant que la fin sera dramatique, le tout étant de savoir : comment en est on arrivé là ?
Le film tourné dans le film donne un effet de réel troublant et humoristique à la fois.
Le drame amoureux, la jalousie, la trahison sont omniprésent, les histoires s’entrecoupent avec les sentiments pour arriver à une fin répondant à nos interrogations.
Ce dernier film de Pedro Almodovar est une vraie réussite, il prouve que l’on peut faire du cinéma latin amoral sans tomber dans le sordide et réhabilite, un peu, Almodovar dans mon estime.

Robert-Louis Fratriac

05.05.2009

L'âge des ténèbres

Le dernier film (2007) du réalisateur québécois Denys Arcand, L’âge des ténèbres, raconte la vie banale d’un québécois moyen, qui à ses heures perdues s’abandonne à ses fantasmes de sexe et de gloire. L’univers que crée Denys Arcand dans ses films est assez particulier, mais vaut la peine d’y pénétrer. Ce film est en effet, au-delà d’un certain esthétisme, une magnifique leçon de vie, et un tableau sociétal esquissé d’une main de maître. Derrière une réalisation par endroit un peu bâclée avouons le (le film a été tourné et monté en un temps record), et des clichés parfois lourds qu’il faut prendre la peine de transcender, le réalisateur nous offre une puissante réflexion philosophique, et pose des questions qui dérangent. A voir un tel titre, L’âge des ténèbres, on pense au moyen-âge, dont le thème est d’ailleurs très présent, et on pourrait donc s’attendre à un de ces pléthoriques films politiquement corrects sur la barbarie bien connue d’une époque « sombre ». Mais il n’en est rien. L’âge des ténèbres, c’est bel et bien notre époque. Mais c’est peut-être également l’âge difficile d’un homme arrivant à la cinquantaine qui, découragé, désabusé, et dégoûté, fait le point sur sa vie et se demande au final pour quoi il est en ce monde. Pour travailler dans un bureau de réclamations au gouvernement du Québec et se distraire en s’imaginant de chimériques compagnes, ou pour quelque chose de plus beau, de plus grand ? Ce film est à la fois un travail d’amateur et un chef d’œuvre qui, sans nous émouvoir beaucoup de ses scènes de pathos, de son humour noir et cynique (mais très bon !), fait après coup son petit bout de chemin dans notre esprit, en y provoquant foule de questionnements et d’étonnements. C’est un film qui brise les conventions politiquement correctes dont est pourrie une grande partie du cinéma moderne, et qui nous offre l’image poignante de la misère d’une civilisation en fin de course. Marc Labreche est tout bonnement génial, et par son interprétation nous plonge au cœur même d’un homme faible voire minable, avili par son environnement mais en même temps si humain et si attachant. La fin nous dévoile le personnage dans toute son ampleur et son humanité, et c’est un instant merveilleux. N’oublions pas une bande son comme on en voit peu : le chanteur d’opéra Rufus Wainwright ouvre et ferme avec faste et talent les fantasmes de notre personnage, et les beaux morceaux de musique qui fleurissent le film de part et d’autre sont orchestrés par François Dompierre avec Les Violons du Roy.

On pourrait partager ce film en trois parties : une ouverture, scène d’exposition, à l’ambiance morose, et parcourue d’un humour caustique qui attire l’attention. Puis la prise de conscience progressive que vit le personnage, avec en une sorte d’ « interlude »  un épisode pseudo-médiéval fort cocasse, et qui se termine par un morceau de bravoure au moins digne d’un césar de l’acteur principal à l’hôpital. Et enfin, une dernière longue séquence qui nous offre un retour à la beauté, à la pureté, à la simplicité. Le contraste complexité – simplicité est d’ailleurs frappant dans le déroulement de ce film, et suite au texte sur la complexité il semblait bon d’en parler, et d’inviter nos lecteurs à se tourner vers ce film. Un film à voir, et à revoir pour en bien saisir le sens ; et je dirais que malgré les critiques conformistes de la presse française (« un film de vieux con ! » dixit Les Inrockuptibles), ce film reste un chef-d’œuvre du cinéma québécois.

Bande-annonce allociné : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18741716&a...

Les Violons du Roy : http://www.violonsduroy.com/

UD

19.04.2009

Stupéfiant !

OSS 117 Rio ne répond plus…

 

oss-117-rio-ne-repond-plus-42421.jpg 

         Stupéfiant de médiocrité ! Michel Hazanavicius déjà réalisateur du précédent OSS 117, moins loupé si l’on peut dire, nous embarque dans une comédie (sans le rire et l’humour) affreusement lourde mis à part quelques répliques de Jean Dujardin qui sauvent le film.

Le film paraît très long tant le réalisateur s’est entêté à user des splits screens (division de l’écran) et montrer des courses poursuite longues et minables (cf. deux acteurs se poursuivant cul nu dans un hôpital).

La réussite promise à ce film semble reposer sur trois facteurs, premièrement il arrive en période de crise politique et économique, période rêvé pour les comédies lourdes, on se souvient des Visiteurs en 1993 (un peu moins imbuvable cependant) ou de Bienvenue chez les Ch’ti l’an passé après qu'ait chuté la cote de popularité du président et la perte générale du pouvoir d’achat. La deuxième raison réside dans la réussite du premier numéro et de la popularité de Jean Dujardin qui il faut le dire parvient malgré tout à nous faire sourire quelques misérables fois… Enfin, le mauvais goût ca se vend bien.

Le réalisateur, connu pour avoir joué dans la cité de la peur et réalisé La classe américaine, films rivalisant de grossièreté et de mauvais gout réitère avec un grand navet, certainement le hold-up cinématographique de l’année !

         L’humour portant sur les juifs les chinois ou encore les français est généralement au ras des pâquerettes et reste globalement très peu subversif (on est loi d’un spectacle de Desproges ou Dieudonné).

Salles pleines, rire général, applaudissements en fin de séance : on n'est jamais trop idiot !

Robert-Louis Fratriac

03.04.2009

La Vouivre

La-Vouivre.jpg« Vers huit heures du matin, Arsène aiguisait sa faux lorsqu'il aperçut à quelques pas de lui une vipère glissant sur l'herbe rase entre deux andains. Un frisson lui passa sur l'échine et son cœur se serra d'une légère angoisse, comme il lui arrivait parfois dans le bois lorsqu'il entendait le bruit d'un remuement dans les branches profondes d'un buisson. A l'âge de cinq ans, un jour qu'il cueillait du muguet, il avait mis la main sur un serpent et l'aventure lui avait laissé l'horreur des reptiles. La vipère filait comme un trait, le corps à peine ondulant, sa tête plate immobile, surveillant le garçon de son petit œil au regard prompt  comme celui d'un oiseau. Plein de haine et d'indignation, Arsène avait lâché sa pierre à aiguiser. La faux bien en mains, il fit un bond en avant et, d'un mouvement court et précis, estoqua au ras de l'herbe. La tête avait vu venir le coup et s'était mise hors de portée. Lorsqu'il releva la faux, elle s'était déjà coulée sous un andain. »

 

- Extrait de la Vouivre de Marcel Aymé (1941)


MT

27.03.2009

Vous pensez qu'une dictature n'est plus possible ?

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Dennis Gansel dans son premier film à succès, « Die Welle », « La Vague », pose cette question : "une nouvelle dictature pourrait elle émerger à nouveau ?" ; et nous montre un professeur qui, dans un but pédagogique, tente de reconstituer un régime autocratique à l’échelle d’une classe sous la forme d’un étrange jeu de rôle, et devient rapidement le "Führer" de ses élèves. En effet le projet fonctionne au-delà de ses espérances, et dérape. On suit tout au long de ce film un groupe de jeunes adolescents un peu perdus, qui vont, portés par l’instinct de masse, se plier aux volontés de ce maître, et même plus…

Le réalisateur nous montre se développer, dans le terreau fertile d’une jeunesse en quête de repères, un amalgame de fascisme et de nazisme, les références à cette période ne manquant pas (on notera le professeur de sport, discipline favorite d’Hitler, et la jeune fille qui se prend pour Sophie Scholl). L'ambiance est assez oppressante, et ce film fait indubitablement froid dans le dos. On pourrait cependant lui reprocher une intrigue trop prévisible voire caricaturale à certains moments, et une mise en scène souvent trop lourde, trop démonstrative (avec par exemple une fin sans ambiguités) ; ce qui entraîne une simplification abusive des mécanismes d'apparition d'une dictature : on a parfois du mal à y croire.

Ce film n’en reste pas moins une expérience très forte, assez bouleversante quoi qu’on puisse dire. On notera enfin une BO de bon vieux rock assez plaisante, des acteurs exceptionnels quoique peu connus, le tout donnant lieu à des scènes et des plans très esthétiques. Tiré d’un roman culte en Allemagne, ce film est dans la vague de renouveau du cinéma allemand, qui de « Good Bye, Lenin ! » à « La Vie des autres » reprend ses titres de noblesse. Une histoire impressionnante, un film à voir.

UD