15.10.2009

Bob et l'euphorie d'un soir

 

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Socrate à Saint-Tropez, Istanbul à Bibracte, Bob Sin Clar à Saint-Michel



Le 4 septembre, l’été était déjà derrière nous, et ça faisait quelques semaines que la pub pour le cartable Star Ac’ nous martelait avec la rentrée. Heureusement, François Rebsamen et la mairie de Dijon  organisèrent le soir un concert gratuit, une sorte de fête de la fédération célébrant l’avènement de la nouvelle année civile. Le peuple était convié à applaudir Bob Sinclar a.k.a Chris the French kiss , apôtre de la French touch, mix house et disco. Si le roi de la pop était mort cet été, et si l’hospitalisation de Jonny Halliday avait fait frémir les français sur leurs plages ensoleillées, on fit grand place au Vicomte Sinclar pour son show. Certes, nous sommes encore loin de l’avant-gardisme de la mairie de Paris ( la province s’étant toujours montré trop plouc pour y être sensible, si vous ne me croyez pas demandez à BHL). Mais, la capitale des ducs de Bourgogne qui avait autrefois accueilli Mozart en juillet 1766, fit honneur à son hôte. Bob Sinclar, ou Saint Clar, se produisit avec succès sur la scène montée pour l'occasion Place de la Libération, anciennement Place Royale.


- Agrippa



Ce soir-là on fêtait en effet la rentrée civile, avec la venue sur  terre d'une sorte d'idole mystique du vacarme, alors qu'il fut un temps c'était à Pâques que l'année nouvelle commençait, avec la descente parmi les hommes du Fils réssucité. Aussi présent sur les lieux de l'euphorie générale, j'ajouterai que cela m'a véritablement fait l'effet d'une grande messe infernale où Bob aurait été une parodie sinistre de Jésus lui-même, avec ses cheveux longs et sa barbe, dont l'icône aurait été projetée sur un écran géant défigurant et écrasant l'église Saint-Michel. Un prophète investi de la mission céleste de faire délirer une foule transcendée par les vibrations tétanisantes et le bruit assourdissant. Une foule qui trouve son petit bonheur à boire des bières, à se compresser à l'étouffement et qui souvent, notez-le bien, non, ne vient pas pour admirer Bob ! Mais juste parce qu'il faut être à cet événement : En effet il ne s'en passe pas tant à Dijon ! Mais c'était bien, malgré tout. Ce concert faisait de l'animation, et puis laissait croire que l'on était pas si seul que cela !


- Mérovée de Thil

21.09.2009

Faits divers(2)

La terrasse d’un petit bistrot en centre ville. Fin de journée d’automne, les travailleurs harassés se chicanent autour de quelques pintes de bière. Il fait encore chaud pour la saison, et la circulation est intense, les rires gras se perdent dans le tintamarre des roues et des klaxons.

Une automobile rutilante s’immobilise un peu plus loin dans la rue. Deux jeunes femmes sortent, gloussantes. Peaux mates, cheveux décolorés, débardeurs et argot. Viennent au café, prennent à parti une grosse dame brune, un peu rougeaude, assise à une table.

Soudain l’orage tonne, éclats de voix. Les clients du bar d’en face se retournent, cherchent l’évènement des yeux. La grosse femme s’est levée, elle gueule, tente de faire face. Pas de mots, seulement des cris indistincts, perdus dans le chaos des embouteillages. Ricanements des badauds, tous les yeux sont tournés vers la scène.

Un coup part, un sac à main s’envole, la grosse femme tombe, se relève et gueule de plus belle. Arrive le patron, bonhomme et conciliant. Bien vite il abandonne, s’en retourne d’un air las. On regarde le spectacle, et comme si tout n’était que comédie, on rie, on décale son siège pour mieux voir.

Cascade de haine, insultes, mots en « asse », et puis finalement une chaise s’envole pour atterrir dans la vitrine du bar. Jubilation des spectateurs, on s’envoie de bons mots et on plaisante, puis les femmes partent, retournent à leur voiture, jacassant toujours.

On commente l’évènement, sans trop y croire, puis on oublie, et la bière coule à nouveau.

UD

21.05.2009

Faits divers...

Perdu dans le flot gris des hommes sans visage, le vieil homme git sur la devanture d’un grand magasin. Essoufflé, il tient contre son torse une guitare vernie de rouge vermeille. Noir de peau, ses vêtements bon marché sont maculés de taches, déchirés par endroits.

D’une voix rauque et fatiguée, il s’adresse à quelque superbe chimère. « Qu’est ce que tu fais, là ? Qu’est ce que tu fais ! » Des passants détournent le regard, d’autres suivent la scène du coin de l’œil ; pas un ne dit mot.

L’homme tend un bras devant lui, ses yeux convulsés de peur cherchent en vain le secours. Abandonné à son délire, il se livre à de sordides exhortations, la voix brisée de solitude.

Les sirènes chantent, le fourgon rouge arrive et se gare. Cinq hommes en uniforme, gantés de plastique bleu, descendent avec un brancard. Le dément est saisi par chacun de ses membres, un linceul immaculé l’accueille ; il regarde le ciel gris et poursuit son dialogue chimérique, il s’agite et se débat, en vain. Les hommes l’attachent et le sanglent, et le silence n’est brisé que par la folie du vieillard.

Le véhicule repart, les gens passent leur route. Seul témoin du drame, reste sur le trottoir la guitare écarlate, qu’une fine pluie doucement recouvre.

UD