19.11.2009

La vertu vient du cœur. Elle ne vient pas de la raison.

sacré-coeur.jpgC’est un sujet important, car l’erreur de beaucoup de nos contemporains est d’affirmer que c’est uniquement grâce la raison que nous pouvons faire le Bien. C’est absurde, car si l’on veut véritablement faire le Bien, c’est par pur amour. Or l’amour vient du plus profond de notre cœur, la raison ne fait que le diriger, le canaliser. La vertu provient donc de ce cœur, plus spirituel que matériel comme nous le savons à présent. Et tous les actes vertueux que nous posons sur Terre nous sont insufflés par cet amour, présent en chacun de nous. C’est aussi toute la différence entre la morale religieuse et la morale moderne, laïque. Entre morale naturelle et morale institutionnelle. Les Droits de l’Homme par exemple, forment tout d’abord un texte législatif, qui voudrait poser les principes d’une morale moderne et universelle, dans le cadre d’un idéal plus que d’une situation concrète. C’est après que ces Droits sont érigés en une sorte de religion laïque, et l’on voit facilement qu’y déroger serait un sacrilège, une profanation. En se fondant sur une idée de l’Homme, qui d’ailleurs si l’on voulait être sceptique serait contestable (avez-vous déjà vu l’Homme, ce concept ?), et en la mettant au centre des regards (principe de l’humanisme), on veut lui attribuer des Droits, qui en quelque sorte seraient naturels et donc inaliénables. Nous sommes conscients qu’il existe bel et bien une nature humaine, et que des droits luis sont inhérents (cette affirmation ne doit pas être l’apanage de l’idéologie des droits de l’homme) : ne serait-ce que le droit à la vie, ou celui de ne pas être contraint d’agir selon sa conscience. Des droits certes, mais aussi des devoirs. L’idée morale est incomplète sans l’un des deux. Déjà là, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est problématique, car elle propose des droits, mais n’impose pas de devoirs, sinon de laisser aux autres ces droits, ce qui est insuffisant. En outre cette vision de l’Homme est purement subjective car déconnectée de tout principe transcendant autre que l’Homme lui-même, comme nous le prouvent d’ailleurs les régulières mouvances de cette idéologie (oscillations entre libéralisme et socialisme, on parle même d’ajouter d’autres articles à la DUDH, pour reconnaitre par exemple les droits à l’avortement et à l’euthanasie…).

Bref, dans le principe, ça pourrait fonctionner, encore qu’on puisse simplement ne pas être d’accord avec ces principes pour ce qu’ils ont de catégoriques. Mais humainement c’est autre chose. La raison, que l’on érige en Dieu depuis l’époque des « Lumières », a bien peu de poids, seule face à la misère humaine. Dans les situations concrètes, si bien sûr posséder en soi des principes est primordial, c’est bien le cœur qui nous pousse à agir, et c’est lui qu’il faut alors écouter si l’on veut être sûr de bien agir. On voit bien que la raison a des effets pervers : elle nous pousse à reconsidérer nos valeurs, à relativiser le mal que pourrait causer un péché. Vous en avez certainement tous déjà fait l’expérience : votre cœur vous dit que telle chose est intrinsèquement mauvaise, mais votre raison vous amène à peser le pour et le contre, laissant le mal s’insinuer dans votre esprit et vous suggérer que finalement ce n’est pas si grave. Le cœur lui, sait où se trouve la vérité.

            Pourtant, vous vous dîtes certainement que sans la raison, nous ne saurions agir efficacement dans le Bien. En effet, si le cœur doit être à l’origine de l’intention vertueuse, la raison doit aiguiller cette intention, la concrétiser. Et non pas l’inverse, qui serait dramatique et pourrait aboutir a des absurdités morales : prenons l’exemple des crimes du communisme et du nazisme au XXème siècle. La raison a forgé des doctrines qui, dans les deux cas, décidaient de ce qui était bien ou mal. Puis le cœur des hommes s’est empli de haine contre ce qu’ils croyaient mal, et ils ont tué, brûlé, massacré en pensant purifier, ordonner, soigner. On voit bien que cela va a l’encontre de la morale naturelle que nous dicte notre cœur. Toutes ces guerres au nom de la Paix et des Droits de l’Homme, quand bien même y aurait-il d’autres intérêts plus concrets par derrière, n’est ce pas paradoxal ? En somme la raison doit guider l’impulsion de notre cœur, sans la réfréner.

            La  vertu étant un thème fondamentalement religieux, on ne pourrait pas ici éluder la question de Dieu, et des religions humaines. Pascal a dit que l’on ne pouvait pas connaître Dieu par la raison (contrairement à Descartes), mais qu’on le pouvait par le cœur. Car bien que la raison ait un rôle premier à jouer dans la connaissance de Dieu (on ne peut aimer sans connaitre), Sa vérité est à la fois si simple et si pleine de mystères qu’arrive un moment où la raison, l’intelligence bute et ne peut plus avancer : on passe alors de la connaissance rationnelle à la connaissance contemplative. On voit facilement la place centrale qu’occupe l’idée du cœur dans la religion. La raison est commune à tout homme, mais notre cœur nous est propre, et il est ce qui nous est de plus personnel. Or la découverte de Dieu par la prière et l’écoute est une chose tout à fait intime et intérieure. Lorsque nous prions, bien que nous le fassions pour nous comme pour la multitude, nous sommes seuls, en tête à tête avec Dieu. L’individualité du cœur est donc un élément constitutif de la religion : chacun devant pouvoir trouver son chemin intime vers Dieu et la sainteté. Cependant cette individualité ne doit pas déborder sur la raison, qui intervient comme médiateur entre les hommes, et qui permet de former une véritable religion (du verbe latin religere, c'est-à-dire qu’elle relie les hommes entre eux par leur credo). Car si chacun doit trouver Dieu avec son cœur, la religion n’est rien sans un dogme pour ainsi dire rationnel qui, loin de nous brimer comme on pourrait le penser, nous aide à progresser dans notre foi en nous apportant des éléments essentiels à sa compréhension. André Frossard disait : « les dogmes ne fixent pas à l’intelligence des limites qu’il lui serait interdit de franchir, ils l’attirent au-delà des frontières du visible ; ce ne sont pas des murs, ce sont des fenêtres dans notre prison. ». Alors si la raison ne peut pas être à l’origine de la foi, elle doit pourtant la soutenir et l’étayer autant que le cœur.

            La religion doit donc être fondée sur le cœur profond de l’homme, sans quoi elle tourne le dos à Dieu, qu’on ne peut apprendre à connaître par la seule raison. C’est là que je verrais une différence entre les religions tournées vers Dieu, et les religions laïques érigées par la raison. Parce qu’en effet, si l’homme peut tenter d’oublier Dieu et de vivre sans lui, il ne pourra s’empêcher de se tourner vers quelque principe supérieur et absolu. C’est en cela que je peux affirmer, au risque d’étonner, que l’idéologie des droits de l’Homme est plus proche du fascisme que du christianisme ou à plus forte raison de toute autre religion. Ces deux idéologies résultent finalement d’un même rejet du divin, et lui sont de fait une sorte de substitution, en tournant le regard vers un homme ou des hommes, et non plus sur Dieu. Il n’est pas question ici de faire un quelconque jugement de valeur sur ces idéologies, simplement une comparaison théorique afin de faire apparaître cette thèse : malgré le règne de l’athéisme et du rationalisme, il y a toujours des religions, de même qu’il y en a toujours eu et qu’il y en aura toujours. Seulement voilà, ces religions laïques sont bien sûr opposées à l’idée de Dieu et du cœur, et donc de la vertu. Elles sont même plus qu’opposées au cœur, elles nient son existence. De fait on ne voit chez elle le bonheur de l’homme que d’une manière terrestre et matérielle, à l’opposé de la manière spirituelle et céleste qu’incarne le cœur, tourné vers Dieu.

            Depuis la Chute, l’Homme est conduit par des passions, par lesquelles il est souvent dominé voire détruit. Cependant, une passion telle que la joie, la colère, le désir, l’affection, est neutre en tant que telle : il y a des joies morbides comme de justes colères, et inverse. Les vices nous inspirent l’inclinaison de ces passions vers le Mal et le péché. A l’inverse le but premier de toute vertu n’est donc pas de refouler ces passions, mais de les maîtriser, les canaliser, afin de les détourner du Mal et de les orienter vers le Bien. La vertu est indispensable au Bien, et le cœur est indispensable à celle-ci. L’écoute de notre cœur est donc indispensable au Bien.

U.D.

22.08.2009

L'importance de la vie en commun

            Afin d’illustrer l’expérience vécue au sein de l’association des Racines et des Elfes, et du même coup généraliser son principe, j’ai jugé intéressant de vous faire part d’un texte qui, bien que remontant à l’Antiquité Romaine, et traitant de philosophie, peut nous livrer de bons conseils. Face à la conjecture actuelle, quelle position adopter, que faire ? Nous aimerions tous changer quelque chose, rendre ce monde meilleur, nous avons tous un infime espoir de pouvoir enrayer le rouleau compresseur qui nous étouffe, nous réduit à néant et voudrait nous faire disparaître. Certes nous voudrions changer le monde, mais bien souvent nous ne savons par où commencer, nous ne savons comment nous y prendre, et bien sûr nous faisons quantité d’erreurs. Ce texte apporte il me semble un élément de réponse aux problèmes que rencontrent les résistants de tout acabits. Nombre de ces insoumis se lancent à la conquête du Web : ils créent des blogs, des forums de discussions, échangent des informations, des renseignements ; et bien entendu nous faisons partie de ceux-là, ce blog en est la preuve. Certes c’est indispensable, mais le fait est que cela ne suffit pas. Militer, à notre époque d’individualisme forcené, où l’honnêteté intellectuelle est une denrée rare, devient impossible face à l’emprise des médias sur la population. Et nous savons bien que prêcher des convertis n’a jamais porté de fruits. En outre, se contenter de paroles ne peut permettre de bâtir quelque chose de solide, qui serait à l’épreuve du temps, et de notre faiblesse humaine. En effet de nos jours, beaucoup trop se résignent et abandonnent la cause qu’ils défendent, ou bien se contentent d’actes isolés, se résumant à la satisfaction de leurs opinions dans une résistance fébrile et bien vaine. Non, nous sommes bien conscient qu’il faut quelque chose de différent, quelque chose de plus fort et de plus solide pour progresser dans cette mélasse. Et voici ce que nous apprend ce texte : nos actes se doivent d’être féconds, et pour cela ils doivent reposer sur l’Amour. C’est cet amour de notre humanité, l’amour de nos racines et de notre culture qui doit nous pousser à nous regrouper, et vivre en commun. Ce texte philosophique nous le met devant les yeux : seul des actes concrets et communs, quelle que soit leur échelle, peuvent nous sauver. Et ce n’est que de tels actes que nous pourrons tirer et transmettre les  enseignements nécessaires à la survie de nos racines. Tant que des français libres décideront de rester soudés et de vivre en communauté sur notre sol, la France ne pourra pas mourir ; son Histoire multimillénaire nous l’a montré.

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            La parole vivante et la vie en commun te profiteront plus que le discours écrit. C’est à une réalité qui te soit présente qu’il te faut venir, d’abord parce que les hommes en croient plus leurs yeux que leurs oreilles, ensuite parce que longue est la voie des préceptes, courte et infaillible, celle des exemples. Cléanthe n’aurait pas fait revivre son maître Zénon en sa personne, s’il n’avait été que son auditeur : il a été mêlé à sa vie, il a pénétré ses secrètes pensées, il a observé de près si Zénon vivait en conformité avec sa propre règle de vie. Platon et Aristote et cette troupe de sages qui devait essaimer en sectes opposées ont tiré plus de profit des mœurs de Socrate que de son enseignement. Si Métrodore, Hermarque, Polyénus ont été de grands hommes, ce n’est pas à cause des cours d’Epicure qu’ils ont entendus, mais à cause de la communauté de vie qu’ils ont eue avec lui.

Sénèque, Lettres à Lucilius, 6, 6.

09.06.2009

L'art est esprit

Le but de l'art, son besoin originel, c'est de produire aux regards une représentation, une conception née de l'esprit, de la manifester comme son œuvre propre ; de même que, dans le langage, l'homme communique ses pensées et les fait comprendre à ses semblables. Seulement, dans le langage, le moyen de communication est un simple signe, à ce titre, quelque chose de purement extérieur à l'idée et d'arbitraire.

L'art au contraire, ne doit pas simplement se servir de signes, mais donner aux idées une existence sensible qui leur corresponde. Ainsi, d'abord, l'œuvre d'art, offerte aux sens, doit renfermer en soi un contenu. De plus, il faut qu'elle le représente de telle sorte que l'on reconnaisse que celui-ci, aussi bien que sa forme visible n'est pas seulement un objet réel de la nature, mais un produit de la représentation et de l'activité artistique de l'esprit. L'intérêt fondamental de l'art consiste en ce que ce sont les conceptions objectives et originelles, les pensées universelles de l'esprit humain qui sont offertes à nos regards.

Hegel, Esthétique, 1969.

29.03.2009

Nietzsche et la Liberté

« MON IDÉE DE LA LIBERTÉ. — La valeur d’une chose réside parfois non dans ce qu’on gagne en l’obtenant, mais dans ce qu’on paye pour l’acquérir, — dans ce qu’elle coûte. Je cite un exemple. Les institutions libérales cessent d’être libérales aussitôt qu’elles sont acquises : il n’y a, dans la suite, rien de plus foncièrement nuisible à la liberté que les institutions libérales. On sait bien à quoi elles aboutissent : elles minent sourdement la volonté de puissance, elles sont le nivellement de la montagne et de la vallée érigé en morale, elles rendent petit, lâche et avide de plaisirs, — le triomphe des bêtes de troupeau les accompagne chaque fois. Libéralisme : autrement dit abêtissement par troupeaux... Les mêmes institutions, tant qu’il faut combattre pour elles, ont de tout autres conséquences ; elles favorisent alors, d’une façon puissante, le développement de la liberté. En y regardant de plus près on voit que c’est la guerre qui produit ces effets, la guerre pour les instincts libéraux, qui, en tant que guerre, laisse subsister les instincts antilibéraux. Et la guerre élève à la liberté. Car, qu’est-ce que la liberté ? C’est avoir la volonté de répondre de soi. C’est maintenir les distances qui nous séparent. C’est être indifférent aux chagrins, aux duretés, aux privations, à la vie même. C’est être prêt à sacrifier les hommes à sa cause, sans faire exception de soi-même. Liberté signifie que les instincts virils, les instincts joyeux de guerre et de victoire, prédominent sur tous les autres instincts, par exemple sur ceux du « bonheur ». L’homme devenu libre, combien plus encore l’esprit devenu libre, foule aux pieds cette sorte de bien-être méprisable dont rêvent les épiciers, les chrétiens, les vaches, les femmes, les Anglais et d’autres démocrates. L’homme libre est guerrier. — À quoi se mesure la liberté chez les individus comme chez les peuples ? À la résistance qu’il faut surmonter, à la peine qu’il en coûte pour arriver en haut. Le type le plus élevé de l’homme libre doit être cherché là, où constamment la plus forte résistance doit être vaincue : à cinq pas de la tyrannie, au seuil même du danger de la servitude. Cela est vrai physiologiquement si l’on entend par « tyrannie » des instincts terribles et impitoyables qui provoquent contre eux le maximum d’autorité et de discipline — le plus beau type en est Jules César ; — cela est vrai aussi politiquement, il n’y a qu’à parcourir l’histoire. Les peuples qui ont eu quelque valeur, qui ont gagné quelque valeur, ne l’ont jamais gagnée avec des institutions libérales : le grand péril fit d’eux quelque chose qui mérite le respect, ce péril qui seul nous apprend à connaître nos ressources, nos vertus, nos moyens de défense, notre esprit, — qui nous contraint à être forts... Premier principe : il faut avoir besoin d’être fort : autrement on ne le devient jamais. — Ces grandes écoles, véritables serres chaudes pour les hommes forts, pour la plus forte espèce d’hommes qu’il y ait jamais eue, les sociétés aristocratiques à la façon de Rome et de Venise, comprirent la liberté exactement dans le sens où j’entends ce mot : comme quelque chose qu’à la fois on a et on n’a pas, que l’on veut, que l’on conquiert... »

Friedrich Wilhelm Nietzsche, « Le Crépuscule des idoles », §38 Flâneries inactuelles.

UD

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