25.12.2009
IL est né !

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21.12.2009
Marthe Robin, bienheureuse ?

« Je connais maintenant la joie la plus pure, la plus douce que l’on puisse connaître : celle de vivre pour les autres et pour leur bonheur. » (Marthe Robin)
Marthe Robin est née le 13 mars 1902, à Châteauneuf-de-Galaure (Drôme) France. Peu à peu elle comprend qu’elle est appelée en tant que laïque à vivre l’offrande de toute sa vie, en union avec Jésus crucifié pour l’Eglise et le monde.
Le 10 février 1936, Marthe rencontre l’abbé Finet qui avec elle se met au service du Seigneur dans « la grande Œuvre de son Amour », Foyers de Lumière, de Charité et d’Amour.
Jusqu’à sa mort, le 6 février 1981, Marthe vivra dans la petite chambre de la ferme, à Châteauneuf-de-Galaure.
Durant toute sa vie, Marthe Robin fut l’objet de suspicions quant à sa véritable dévotion envers la cause de l’Eglise. Ce n’est qu’après son enterrement, le 12 février 1981, que les consignes de discrétion autour de Marthe Robin furent implicitement levées, et des récits de sa vie furent largement diffusés de par le monde. Les démarches en vue de la cause de béatification de Marthe Robin ont été entamées quand le délai de 5 ans après la mort de la servante de Dieu a été écoulé, conformément à la règle.
Après avoir obtenu un avis unanimement favorable de l’Assemblée épiscopale de la région Centre-Est de la France, Monseigneur Marchand, évêque de Valence, constitua le 2 février 1988 la Commission d’enquête. La Commission travailla jusqu’en 1996, demandant plusieurs expertises dans différents domaines.
« Quand ce travail diocésain fut terminé, on transmit à Rome un ensemble de 17 000 pages ! », s’exclamait le P. Peyrous, le postulateur de la cause.
Commença alors une seconde partie de la procédure, la partie romaine. Il s’agit de préparer l’examen du dossier par une double Commission de théologiens puis de Cardinaux, qui diront si Marthe Robin a pratiqué les vertus héroïques.
Ainsi, sa cause de béatification s’est conclue positivement au niveau diocésain et elle a été ouverte à Rome, à la congrégation pour les Causes des Saints, depuis 1998 et suit son cours. La postulation travaille beaucoup en lien constant avec Rome.
Grâce notamment à l’intervention du Père Finet, de nombreux Foyers de Charité furent construits d'abord en France et plus tard dans le monde entier, comme par exemple en Suisse (1969 à Bex) et en Allemagne (1972 à Gunzenbach, dans la commune de Mömbris). En 2002 existaient plus de 70 établissements. En 2004 on commença à construire deux foyers en Autriche.
Furent également fondées les écoles privées des foyers de charité : école primaire à Châteauneuf, collège et lycée pour les filles à Châteauneuf, collège et lycée pour les garçons à Saint-Bonnet et le Lycée Technique "Les Mandailles".
CR
« La prière est le parfum qui charme,
la fraîcheur qui captive,
l'aimant qui attire,
la grâce qui enivre,
la douceur qui enchante.
Si l'âme est triste, elle la relève,
si elle dort, elle l'éveille,
si elle est joyeuse, elle la modère,
si elle est dans les ténèbres,
c'est le rayon Divin
qui, doucement, descend sur elle
et la ravit en Dieu. »
« Chercher Dieu, c'est la Foi...
Le trouver, c'est l'Espérance...
Le connaître, c'est l'amour...
Le sentir, c'est la paix...
Le goûter, c'est la joie...
Le posséder, c'est l'ivresse... »
Prières de Marthe Robin
Sources :
· www.foyer-chateauneuf.com
· www.news.catholique.org/13528-anniversaire-de-la-mort-de-marthe-robin
· www.biographie.tv/Marthe-Robin.htm
· www.saint-bonnet.org/
Pour les curieux : http://www.tressaint.com/prier/marthe_robin/marthe_robin.html
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15.12.2009
Bénigne Joly

Bénigne Joly, Dijonnais de famille parlementaire, né en 1644, fut ordonné prêtre en 1672 ; docteur en Sorbonne, il subit durant son séjour à Paris, au collège de Navarre, l'influence de Vincent de Paul, du séminaire des Missions étrangères et de la Compagnie du Saint-Sacrement. Chanoine de Saint-Etienne de Dijon, il dispensa une immense charité en venant au secours de toutes les misères, matérielles et morales. Il faisait quotidiennement le catéchisme pour tous dans la chapelle Saint-Vincent. Il fut aumônier des prisons, institua la maison du Bon Pasteur pour être le refuge des filles de courte vertu. Il installa à Dijon les lazaristes et les Filles de la Charité. Par dessus tout, il s'occupa assidûment des malades de l'hôpital où, pour remplacer les hospitalières du Saint-Esprit en voie de s'éteindre, il créa en 1683 une congrégation qui, depuis trois cents ans, s'attache au soin des malades : les religieuses hospitalières de Notre-Dame de la Charité. Bref, il est le Vincent de Paul de Dijon. Il mourut en 1694 et a été déclaré Vénérable en 1909. Sa cause de béatification est, elle aussi, en attente.
Jean MARILIER, Histoire de l'Eglise en Bourgogne
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09.12.2009
Jésus serait-il fou ?
« Le seul crime qui fut reproché à Jésus par Hérode fut celui d’être fou, et je pense comme lui ! Oui, c’était de la folie de chercher les pauvres petits cœurs des mortels pour en faire des trônes, Lui, le Roi de Gloire qui est assis sur les Chérubins ! Lui dont la présence ne peut remplir les Cieux ! Il était fou, notre Bien-aimé, de venir sur la terre chercher des pécheurs pour en faire ses amis, ses intimes, ses semblables, Lui qui était parfaitement heureux avec les deux adorables Personnes de la Trinité ! Nous ne pourrons jamais faire pour lui les folies qu’il a faites pour nous et nos actions ne mériteront pas ce nom, car ce ne sont que des actes très raisonnables et bien en dessous de ce que notre amour voudrait accomplir. »
Extrait d’une lettre de Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus à sa sœur Céline
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19.11.2009
La vertu vient du cœur. Elle ne vient pas de la raison.
C’est un sujet important, car l’erreur de beaucoup de nos contemporains est d’affirmer que c’est uniquement grâce la raison que nous pouvons faire le Bien. C’est absurde, car si l’on veut véritablement faire le Bien, c’est par pur amour. Or l’amour vient du plus profond de notre cœur, la raison ne fait que le diriger, le canaliser. La vertu provient donc de ce cœur, plus spirituel que matériel comme nous le savons à présent. Et tous les actes vertueux que nous posons sur Terre nous sont insufflés par cet amour, présent en chacun de nous. C’est aussi toute la différence entre la morale religieuse et la morale moderne, laïque. Entre morale naturelle et morale institutionnelle. Les Droits de l’Homme par exemple, forment tout d’abord un texte législatif, qui voudrait poser les principes d’une morale moderne et universelle, dans le cadre d’un idéal plus que d’une situation concrète. C’est après que ces Droits sont érigés en une sorte de religion laïque, et l’on voit facilement qu’y déroger serait un sacrilège, une profanation. En se fondant sur une idée de l’Homme, qui d’ailleurs si l’on voulait être sceptique serait contestable (avez-vous déjà vu l’Homme, ce concept ?), et en la mettant au centre des regards (principe de l’humanisme), on veut lui attribuer des Droits, qui en quelque sorte seraient naturels et donc inaliénables. Nous sommes conscients qu’il existe bel et bien une nature humaine, et que des droits luis sont inhérents (cette affirmation ne doit pas être l’apanage de l’idéologie des droits de l’homme) : ne serait-ce que le droit à la vie, ou celui de ne pas être contraint d’agir selon sa conscience. Des droits certes, mais aussi des devoirs. L’idée morale est incomplète sans l’un des deux. Déjà là, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme est problématique, car elle propose des droits, mais n’impose pas de devoirs, sinon de laisser aux autres ces droits, ce qui est insuffisant. En outre cette vision de l’Homme est purement subjective car déconnectée de tout principe transcendant autre que l’Homme lui-même, comme nous le prouvent d’ailleurs les régulières mouvances de cette idéologie (oscillations entre libéralisme et socialisme, on parle même d’ajouter d’autres articles à la DUDH, pour reconnaitre par exemple les droits à l’avortement et à l’euthanasie…).
Bref, dans le principe, ça pourrait fonctionner, encore qu’on puisse simplement ne pas être d’accord avec ces principes pour ce qu’ils ont de catégoriques. Mais humainement c’est autre chose. La raison, que l’on érige en Dieu depuis l’époque des « Lumières », a bien peu de poids, seule face à la misère humaine. Dans les situations concrètes, si bien sûr posséder en soi des principes est primordial, c’est bien le cœur qui nous pousse à agir, et c’est lui qu’il faut alors écouter si l’on veut être sûr de bien agir. On voit bien que la raison a des effets pervers : elle nous pousse à reconsidérer nos valeurs, à relativiser le mal que pourrait causer un péché. Vous en avez certainement tous déjà fait l’expérience : votre cœur vous dit que telle chose est intrinsèquement mauvaise, mais votre raison vous amène à peser le pour et le contre, laissant le mal s’insinuer dans votre esprit et vous suggérer que finalement ce n’est pas si grave. Le cœur lui, sait où se trouve la vérité.
Pourtant, vous vous dîtes certainement que sans la raison, nous ne saurions agir efficacement dans le Bien. En effet, si le cœur doit être à l’origine de l’intention vertueuse, la raison doit aiguiller cette intention, la concrétiser. Et non pas l’inverse, qui serait dramatique et pourrait aboutir a des absurdités morales : prenons l’exemple des crimes du communisme et du nazisme au XXème siècle. La raison a forgé des doctrines qui, dans les deux cas, décidaient de ce qui était bien ou mal. Puis le cœur des hommes s’est empli de haine contre ce qu’ils croyaient mal, et ils ont tué, brûlé, massacré en pensant purifier, ordonner, soigner. On voit bien que cela va a l’encontre de la morale naturelle que nous dicte notre cœur. Toutes ces guerres au nom de la Paix et des Droits de l’Homme, quand bien même y aurait-il d’autres intérêts plus concrets par derrière, n’est ce pas paradoxal ? En somme la raison doit guider l’impulsion de notre cœur, sans la réfréner.
La vertu étant un thème fondamentalement religieux, on ne pourrait pas ici éluder la question de Dieu, et des religions humaines. Pascal a dit que l’on ne pouvait pas connaître Dieu par la raison (contrairement à Descartes), mais qu’on le pouvait par le cœur. Car bien que la raison ait un rôle premier à jouer dans la connaissance de Dieu (on ne peut aimer sans connaitre), Sa vérité est à la fois si simple et si pleine de mystères qu’arrive un moment où la raison, l’intelligence bute et ne peut plus avancer : on passe alors de la connaissance rationnelle à la connaissance contemplative. On voit facilement la place centrale qu’occupe l’idée du cœur dans la religion. La raison est commune à tout homme, mais notre cœur nous est propre, et il est ce qui nous est de plus personnel. Or la découverte de Dieu par la prière et l’écoute est une chose tout à fait intime et intérieure. Lorsque nous prions, bien que nous le fassions pour nous comme pour la multitude, nous sommes seuls, en tête à tête avec Dieu. L’individualité du cœur est donc un élément constitutif de la religion : chacun devant pouvoir trouver son chemin intime vers Dieu et la sainteté. Cependant cette individualité ne doit pas déborder sur la raison, qui intervient comme médiateur entre les hommes, et qui permet de former une véritable religion (du verbe latin religere, c'est-à-dire qu’elle relie les hommes entre eux par leur credo). Car si chacun doit trouver Dieu avec son cœur, la religion n’est rien sans un dogme pour ainsi dire rationnel qui, loin de nous brimer comme on pourrait le penser, nous aide à progresser dans notre foi en nous apportant des éléments essentiels à sa compréhension. André Frossard disait : « les dogmes ne fixent pas à l’intelligence des limites qu’il lui serait interdit de franchir, ils l’attirent au-delà des frontières du visible ; ce ne sont pas des murs, ce sont des fenêtres dans notre prison. ». Alors si la raison ne peut pas être à l’origine de la foi, elle doit pourtant la soutenir et l’étayer autant que le cœur.
La religion doit donc être fondée sur le cœur profond de l’homme, sans quoi elle tourne le dos à Dieu, qu’on ne peut apprendre à connaître par la seule raison. C’est là que je verrais une différence entre les religions tournées vers Dieu, et les religions laïques érigées par la raison. Parce qu’en effet, si l’homme peut tenter d’oublier Dieu et de vivre sans lui, il ne pourra s’empêcher de se tourner vers quelque principe supérieur et absolu. C’est en cela que je peux affirmer, au risque d’étonner, que l’idéologie des droits de l’Homme est plus proche du fascisme que du christianisme ou à plus forte raison de toute autre religion. Ces deux idéologies résultent finalement d’un même rejet du divin, et lui sont de fait une sorte de substitution, en tournant le regard vers un homme ou des hommes, et non plus sur Dieu. Il n’est pas question ici de faire un quelconque jugement de valeur sur ces idéologies, simplement une comparaison théorique afin de faire apparaître cette thèse : malgré le règne de l’athéisme et du rationalisme, il y a toujours des religions, de même qu’il y en a toujours eu et qu’il y en aura toujours. Seulement voilà, ces religions laïques sont bien sûr opposées à l’idée de Dieu et du cœur, et donc de la vertu. Elles sont même plus qu’opposées au cœur, elles nient son existence. De fait on ne voit chez elle le bonheur de l’homme que d’une manière terrestre et matérielle, à l’opposé de la manière spirituelle et céleste qu’incarne le cœur, tourné vers Dieu.
Depuis la Chute, l’Homme est conduit par des passions, par lesquelles il est souvent dominé voire détruit. Cependant, une passion telle que la joie, la colère, le désir, l’affection, est neutre en tant que telle : il y a des joies morbides comme de justes colères, et inverse. Les vices nous inspirent l’inclinaison de ces passions vers le Mal et le péché. A l’inverse le but premier de toute vertu n’est donc pas de refouler ces passions, mais de les maîtriser, les canaliser, afin de les détourner du Mal et de les orienter vers le Bien. La vertu est indispensable au Bien, et le cœur est indispensable à celle-ci. L’écoute de notre cœur est donc indispensable au Bien.
U.D.
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14.11.2009
Saint-Bénigne
09:15 Publié dans Image, Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : saint-bénigne, cathédrale, dijon, bourgogne, christianisme, architecture, crypte
09.09.2009
Saint Bernard, selon R. Guénon
Parmi les grandes figures du moyen âge, il en est peu dont l’étude soit plus propre que celle de saint Bernard à dissiper certains préjugés chers à l’esprit moderne. Qu’y a-t-il, en effet, de plus déconcertant pour celui-ci que de voir un pur contemplatif, qui a toujours voulu être et demeurer tel, appelé à jouer un rôle prépondérant dans la conduite des affaires de l’Église et de l’État, et réussissant souvent là où avait échoué toute la prudence des politiques et des diplomates de profession ? Quoi de plus surprenant et même de plus paradoxal, suivant la façon ordinaire de juger les choses, qu’un mystique qui n’éprouve que du dédain pour ce qu’il appelle « les arguties de Platon et les finesses d’Aristote », et qui triomphe cependant sans peine des plus subtils dialecticiens de son temps ? Toute la vie de saint Bernard pourrait sembler destinée à montrer, par un exemple éclatant, qu’il existe, pour résoudre les problèmes de l’ordre intellectuel et même de l’ordre pratique, des moyens tout autres que ceux qu’on s’est habitué depuis trop longtemps à considérer comme seuls efficaces, sans doute parce qu’ils sont seuls à la portée d’une sagesse purement humaine, qui n’est pas même l’ombre de la vraie sagesse. Cette vie apparaît ainsi en quelque sorte comme une réfutation anticipée de ces erreurs, opposées en apparence, mais en réalité solidaires, que sont le rationalisme et le pragmatisme; et, en même temps, elle confond et renverse, pour qui l’examine impartialement, toutes les idées préconçues des historiens « scientistes » qui estiment avec Renan que « la négation du surnaturel forme l’essence même de la critique », ce que nous admettons d’ailleurs bien volontiers, mais parce que nous voyons dans cette incompatibilité tout le contraire de ce qu’ils y voient, la condamnation de la « critique » elle-même, et non point celle du surnaturel. En vérité, quelles leçons pourraient, à notre époque, être plus profitables que celles-là ?
[...]

La doctrine de saint Bernard est essentiellement mystique; par là, nous entendons qu’il envisage surtout les choses divines sous l’aspect de l’amour, qu’il serait d’ailleurs erroné d’interpréter ici dans un sens simplement affectif comme le font les modernes psychologues. Comme beaucoup de grands mystiques, il fut spécialement attiré par le Cantique des Cantiques, qu’il commenta dans de nombreux sermons, formant une série qui se poursuit à travers presque toute sa carrière; et ce commentaire, qui demeura toujours inachevé, décrit tous les degrés de l’amour divin, jusqu’à la paix suprême à laquelle l’âme parvient dans l’extase. L’état extatique, tel qu’il le comprend et qu’il l’a certainement éprouvé, est une sorte de mort aux choses de ce monde; avec les images sensibles, tout sentiment naturel a disparu; tout est pur et spirituel dans l’âme elle-même comme dans son amour. Ce mysticisme devait naturellement se refléter dans les traités dogmatiques de saint Bernard; le titre de l’un des principaux, De diligendo Deo, montre en effet suffisamment quelle place y tient l’amour; mais on aurait tort de croire que ce soit au détriment de la véritable intellectualité. Si l’abbé de Clairvaux voulut toujours demeurer étranger aux vaines subtilités de l’école, c’est qu’il n’avait nul besoin des laborieux artifices de la dialectique; il résolvait d’un seul coup les questions les plus ardues, parce qu’il ne procédait pas par une longue série d’opérations discursives; ce que les philosophes s’efforcent d’atteindre par une voie détournée et comme par tâtonnement, il y parvenait immédiatement, par l’intuition intellectuelle sans laquelle nulle métaphysique réelle n’est possible, et hors de laquelle on ne peut saisir qu’une ombre de la Vérité.
[...] Il aimait à donner à la Sainte Vierge le titre de Notre-Dame, dont l’usage s’est généralisé depuis son époque, et sans doute en grande partie grâce à son influence; c’est qu’il était, comme on l’a dit, un véritable « chevalier de Marie », et qu’il la regardait vraiment comme sa « dame », au sens chevaleresque de ce mot. Si l’on rapproche ce fait du rôle que joue l’amour dans sa doctrine, et qu’il jouait aussi, sous des formes plus ou moins symboliques, dans les conceptions propres aux Ordres de chevalerie, on comprendra facilement pourquoi nous avons pris soin de mentionner ses origines familiales. Devenu moine, il demeura toujours chevalier comme l’étaient tous ceux de sa race; et, par là même, on peut dire qu’il était en quelque sorte prédestiné à jouer, comme il le fit en tant de circonstances, le rôle d’intermédiaire, de conciliateur et d’arbitre entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique, parce qu’il y avait dans sa personne comme une participation à la nature de l’un et de l’autre. Moine et chevalier tout ensemble, ces deux caractères étaient ceux des membres de la « milice de Dieu », de l’Ordre du Temple; ils étaient aussi, et tout d’abord, ceux de l’auteur de leur règle, du grand saint qu’on a appelé le dernier des Pères de l’Église, et en qui certains veulent voir, non sans quelque raison, le prototype de Galaad, le chevalier idéal et sans tache, le héros victorieux de la « Queste du Saint Graal ».
René GUÉNON
Publié dans La vie et les oeuvres de quelques grands saints,
Librairie de France, s. d.
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25.06.2009
La Tour de Babel
Genèse 11 1-5
« Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent. Ils se dirent l'un à l'autre: « Allons! Faisons des briques et cuisons-les au feu! » La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent « Allons! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux! Faisons-nous un nom et ne soyons plus dispersés sur toute la terre ! »
_________________________
Étonnante leçon que devraient nous donner ces versets de la Bible. La tour de Babel, symbole de l'orgueil de l'homme, fut jetée à terre par Dieu avant qu'il ne disperse l'Humanité sur le globe. Pourtant aujourd'hui, c'est un éternel recommencement auquel nous assistons.
L'homme veut sans cesse se rassembler, s'unifier. Il est toutefois désolant de noter que les plus fervent détracteurs de l'uniformisation culturelle issue du système colonial reproduisent un ersatz de ce système. La culture européenne doit supplanter les identités nationales. Ces mêmes identités nationales qui il n'y a pas si longtemps supplantaient les identités locales et religieuses. Depuis 300 ans le monde change à une vitesse effrénée mais depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, cette logique d'évolution s'est traduite par la logique du toujours plus. On veut toujours plus d'identification, de généralisation, de classification. Le prix à payer pour ces résultats est terrible. La leçon de l'échec colonial comme le fait justement remarquer Théodore Monnod aurait du servir. Reprenons son exemple de l'Afrique:
« L’Afrique existe, très concrètement. Il serait donc absurde de continuer à la regarder comme une table rase à la surface de laquelle on peut bâtir, ex nihilo, n'importe quoi, comme une substance informe à laquelle on puisse infliger, au gré de l'opérateur, n'importe quel moule. »
Et de continuer sur la généralisation:
« Dans notre sotte – et paresseuse – passion de la généralisation abstraite, nous sommes persuadés qu'un système d'enseignement, un mode de scrutin, un code, un régime son bon « en soi » et automatiquement salutaires à la totalité du globe, alors qu'on voit mal, a priori, pourquoi ce qui a réussi (quand c'est le cas!) sous 45° de latitude nord serait nécessairement bénéfique aux bergers du Tibesti ou aux Pygmées de la forêt vierge. »
La passion de la généralisation s'explique dans l'orgueil de l'homme. Cet orgueil le pousse à faire des classifications afin de mesurer son importance. Assuré de sa supériorité, établie sur des critères subjectifs, il s'en va, investi d'une mission « divine » de civilisation des populations sauvages. Ainsi la tendance actuelle est à l'uniformisation culturelle afin que l'Humanité tout entière réunie dans la grandeur du système occidental décadent puisse s'élever vers l'éther. Mais cette élévation se fait au prix terrible de la perte des cultures. Pourtant l'homme aurait tant à gagner en confrontant ces cultures plutôt qu'en voulant imposer la domination de l'une sur l'autre jusqu'à l'hégémonie de celle-ci.
C'est ainsi qu'à force d'effort, les hommes se rassemblent et bâtissent ensemble une multitude de Babel dont les tours pénètrent selon la formule biblique les cieux. C'est toujours dans cette logique du toujours plus que ces tours semblent sans cesse en compétition pour savoir quel architecte réussira enfin à dominer le monde de toute la hauteur de sa création.
Pourtant Dieu jeta la tour de Babel à terre et l'on peut penser que l'homme se verra punit de la même manière. D'un point de vue plus laïc, la Nature reprendra ses droits et l'orgueil de l'homme se verra bien amoché lorsque ces stalagmites de béton, d'acier et de verre s'écrouleront sur elles-mêmes.
La solution se trouve probablement dans cette citation de Teilhar de Chardin quand à propos des races humaines il parle de « diversité fonctionnelle », « d'essentielle complémentarité » et « d'union qui différencie. »
Abbadon
10:24 Publié dans Réflexions, Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tour de babel, diversité, identité, bible, verset, genèse, ancien testament, modernité, cycles, orgueil
11.06.2009
L'Amour et l'Occident
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Amour et mort : voilà, pour Denis de Rougemont, la rencontre qui structure la conscience occidentale - une conscience passionnelle. Et cet amour-passion prend, presque toujours, la forme de l'adultère, avec la souffrance qu'engendre la contradiction entre ce que nous devons, et ce que nous voulons. Ainsi, l'occidental présente une particularité déroutante : il aime ce qui le fait souffrir. |
| L'origine de cette particularité remonte, à ses yeux, aux mythes forgés par les classes supérieures du XII° et XIII° siècle. Ces mythes, nous dit-il, ne sont pas ce qu'ils ont l'air d'être. Le roman de Tristan est en réalité une construction symbolique, permettant à la société d'alors de s'évader du carcan de règles, de plus en plus contraignantes, où l'Eglise enserrait la société médiévale. C'est donc, dans une certaine mesure, une institution imaginaire permettant à l'institution réelle de fonctionner malgré la contradiction qui la mine, entre morale chevaleresque et morale chrétienne. Cependant, au-delà de cette analyse sommaire, une autre vérité du roman existe : il exprime un conflit intérieur, entre le bonheur et ce à quoi aspirent les êtres, au-delà du bonheur lui-même. Et ce « quelque chose » impossible à nommer, la passion, l'amour, l'amour-passion est d'essence religieuse. Les amants du mythe sont ravis « par delà le bien et le mal », « au-delà du monde ». D'où la constante séparation des amants : grâce à elle, ils peuvent aimer le véritable objet de leur amour, c'est-à-dire l'amour lui-même. Qu'est-ce que cet amour-passion épris de lui-même ? C'est fondamentalement l'amour de la mort, c'est-à-dire l'amour comme porte vers la mort. L'occidental, pour Denis de Rougemont, est l'homme qui souhaite la mort et vit, passionnément pour, à travers la passion, à travers l'amour réciproque malheureux, expérimenter dans la vie la paix de la mort. Pourquoi cet appétit de souffrance ? Parce que de la souffrance naît la conscience. L'occidental, dès l'origine, dès le XII° siècle, est un homme qui a peur de la mort, mais qui aime cette peur, parce qu'elle fonde son rapport au monde. D'où son enthousiasme guerrier, son appétit de conquête, son besoin de victoire, sa soif de découverte - et son malheur inéluctable. Scriptoblog sur l'Amour et l'Occident, de Denis de Rougemont
+Merci à Benjamin+ |
09:18 Publié dans Héritage et traditions, Réflexions, Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : l'amour et l'occident, denis de rougemont, christianisme, manichéisme, amour courtois
24.05.2009
Que votre règne arrive
16:32 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

