01.11.2009

La Vivre pour la Vie

Ce samedi 24 octobre, dans l'après-midi, et sous un beau soleil automnal, nous avons été une douzaine de jeunes camarades à distribuer des tracts dans les rues de Dijon pour la défense de la vie. Il s'agissait d'éveiller l'opinion publique sur ce sujet tabou qu'est l'avortement, dont on ne parle en fait que très peu. Seule réponse matérielle à l’angoisse d’un monde spirituellement perdu qui refuse la transmission de son héritage, et plus simplement et fondamentalement la transmission de la vie. Filles et garçons, armés de notre bonne humeur et d'un cœur vaillant, nous sommes allés à la rencontre d'une population pressée de faire ses achats du samedi, mais malgré tout souvent très réceptive. Les passants étaient surtout très étonnés de voir que l'on puisse ouvertement remettre en cause le sacro-saint acquis social de la loi Veil. Les plus jeunes nous recevaient souvent avec un sourire curieux qui traduisait un certain intérêt pour la question. Les personnes les plus agressives et les plus méprisantes étaient bien les vieux gourous du maintien de l'héritage 68, persistante chape de plomb pesant sur la société et refusant tout débat non conforme ; ces chantres de la tolérance qui interdisent toute idée allant contre le " consensus public ". C'est vrai, « il est interdit d'interdire » ... Sans oublier les quelques féministes qui ont pu nous aborder, ne supportant pas que l'on puisse s'interroger sur le bien-fondé de tuer sans contrainte, ce qui irait contre la liberté des femmes qui évidemment ne subissent jamais de pressions pour avorter ! A part cela, les résultats de l’opération sont très satisfaisants, et nous avons eu le sentiment de faire naître un embryon de réflexion chez ceux qui ne s’étaient jamais demandé si l’avortement était bien ou mal, étant simplement pour eux un fait ancré dans leur réalité, très banal et sans doute anodin, quelque chose de presque naturel. Un souffle vivifiant a parcouru les rues de la belle burgonde, promettant des actions prochaines encore plus réussies.
Enfin tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir. Et tant qu’il y aura de l’espoir nous serons là pour combattre l’idéologie mortifère sacralisée et le nihilisme ambiant. Qu’il soit entendu qu’il demeure une jeunesse de France qui a foi en l’avenir, force de vie au service du juste.



Mérovée de Thil

19.09.2009

La peste blanche

Nous sommes à la fin des années 1970, deux hommes, l'un et l'autre " optimistes par tempérament ", un historien et un journaliste, Pierre Chaunu et Georges Suffert, se sont associés pour procéder à une enquête sur les raisons de la tentation suicidaire qui assaille l'Occident et pour tenter d'y trouver un remède.

 

[P.C. : ] Nous savons maintenant que cette peste blanche est en profondeur une crise d'identité. Cette perte de la mémoire, c'est une maladie de la personne. Nous ne savons plus qui nous sommes, pourquoi nous sommes là et quelle mission nous a été confiée. Peu de gens, en réalité, l'ont su, depuis que l'homme s'interroge la nuit en observant le déplacement insensible des étoiles. Mais la plupart d'entre eux ont refusé l'idée d'une non-signification des choses et des êtres. A cette minute, ils ont choisi la survie collective. Et c'est grâce à cette résolution simple que l'espèce, que les hommes ont réussi l'incroyable épopée dont nous sommes les héritiers.

[...]

Ça a l'air d'une blague. Mais l'Occident tout entier est dans la position d'Hamlet. Ce dernier quart du XXe siècle est la plus haute tour d'Elseneur. Nous sommes assis sur un créneau, nous regardons le brouillard qui monte de la mer, et nous nous demandons s'il faut continuer à naviguer ou s'il ne serait pas plus pratique de nous endormir ou de sauter dans le vide. Je suis, nous sommes, pour la navigation. Et nous savons à quelle condition elle peut avoir lieu : si les hommes de cette époque s'arrachent au désespoir, la vie renaîtra. les hommes de media ont tous rêvé au Printemps de Prague ; nous leur proposons un Printemps de l'Espèce. Ce n'est pas si mal.

G.S. : C'est la condition de la redécouverte et du dépassement de notre identité. Au fond, nous sommes peut-être à la fin du Premier jour du monde. Si nous sommes dans la position d'Hamlet, c'est que nous avons accédé collectivement à la liberté. Nous pouvons laisser tomber ce " sac et cette corde " ; nous pouvons nous délester du fardeau de l'être. Ou bien, foncer. [...]

P. C. : Evidemment. Ce redressement, s'il se produit, nous n'en verrons pas les conséquences. C'est toujours comme cela. C'est sans importance. Et il est vrai que nous rêvons. Tant mieux. Ce sont les rêves qui font l'histoire.

 

Pierre Chaunu et Georges Suffert, La Peste blanche, 1979

 


17.07.2009

Nous n'avions pas fêté le 14 juillet ...

23.06.2009

Le panache du magyar


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15.06.2009

Cet été ...

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03.06.2009

"Dimanche et humanité"

Francis Deniau, évêque de Nevers, sait qu’il faudra toujours que certains professionnels travaillent le dimanche. C’est une question d’humanité, mais cela ne doit pas devenir la règle.

 

            L’évêque pour la Nièvre prend position. Travailler le dimanche ne doit pas guider la vie des personnes.

            « Quel entêtement idéologique ou quelle surdité pousse à proposer une nouvelle mouture d’une loi élargissant les conditions permettant un travail du dimanche ?

            Permettre de travailler plus et de consommer plus ? Est-ce vraiment un objectif à faire passer en premier alors que beaucoup alertent aujourd’hui sur des conditions de vie et de travail qui fragilisent la vie des couples et des familles, qui ne permettent guère aux parents et aux enfants de se retrouver pour des moments de convivialité, d’échange, de détente ensemble ?

            Va-t-on une nouvelle fois sacrifier au sacro-saint marché l’équilibre de vie des personnes, la vie sociale et les possibilités de rencontres culturelles, associatives ou de loisirs ? Ne sommes-nous que des vendeurs et des consommateurs ? Ou est-ce encore autre chose qui fait notre humanité ?

            Les syndicats dénoncent un aspect de plus du grignotage des acquis sociaux. Les associations familiales réclament une plus réelle attention aux conditions de vie des familles, déjà entamées par les horaires de travail, voire les lieux de travail, qui séparent les couples dans la vie quotidienne. Je suis témoin de ces dégradations. Le repos du septième jour est un cadeau fait par la tradition juive à l’humanité. Avant d’être une prescription religieuse, il a été la plus ancienne loi sociale : l’interdit de travailler, et de faire travailler les autres le septième jour. Il rend possible de vrais rapports sociaux ; il fait du travail autre chose qu’un asservissement ; il humanise notre vie.

            Il faudra toujours que les pompiers, les travailleurs de la santé, et bien d’autres travaillent le dimanche. C’est un service de l’humanité. Mais faire de ces exceptions une règle pour tous va contre l’humanité de notre vie. »

 

Article paru dans le Journal du Centre le samedi 23 Mai 2009

17.05.2009

Le Petit Chaperon Rouge...

            Comme promis, je vous ai recopié un conte politiquement correct de J.F. Garner, Le Petit Chaperon Rouge, et le voici :

 

petit-chaperon-rouge-_illustration-2.jpgLe Petit Chaperon Rouge

Il était une fois une jeune personne appelée le Petit Chaperon Rouge, qui vivait avec sa mère à la lisière d’un grand bois. Un jour, sa mère lui demanda d’aller porter à sa grand-mère une corbeille de fruits frais et de l’eau minérale ­– encore une tâche réservée aux femmes, direz-vous ? Eh bien non, c’était tout simplement une démarche généreuse – pourquoi le Petit Chaperon Rouge n’aurait-elle pas eu elle aussi le sens de la communauté ? Qui plus est, sa grand-mère, loin d’être malade ou gâteuse, était une adulte rayonnante de maturité et parfaitement capable de prendre soin d’elle-même.

Le Petit Chaperon Rouge partit donc à travers bois avec sa corbeille. Beaucoup de gens s’imaginaient que la forêt était un endroit maléfique et dangereux, et ne s’y aventuraient jamais. Dieu merci, la jeune fille en fleur qu’était le Petit Chaperon Rouge assumait très bien sa sexualité naissante, et jamais une imagerie freudienne aussi évidente ne l’aurait intimidée !

            En chemin, le Petit Chaperon Rouge fut accostée par un loup, qui lui demanda ce qu’il y avait dans sa corbeille. « Une collation diététique pour ma grand-mère, répondit-elle. Mais ne vous méprenez pas, c’est une adulte nullement entamée par les années, tout à fait capable de se débrouiller seule.

– Hum ! fit le loup. Vous savez, ma chère, qu’une petite fille comme vous ne devrait pas se promener toute seule dans ces bois. » Voilà tout ce qu’il trouva à dire, et le Petit Chaperon Rouge lui fit aussitôt remarquer combien ce genre de réflexion sexiste était blessant à l’extrême. « Mais vous avez la partie belle, lui dit-elle. Grâce à votre statut traditionnel d’exclu, on ne peut rien vous reprocher. Stressé comme vous l’êtes par votre condition, il n’est pas étonnant que vous ayez été amené à forger votre propre (et absolument valable, du reste) vision du monde. A présent, si vous voulez bien m’excuser, je dois poursuivre ma route. »

            Le Petit Chaperon Rouge emprunta le chemin municipal. Mais le loup, forcé de vivre en marge de la société, s’était libéré depuis belle lurette de toute adhésion servile à un système de pensée linéaire, typique de l’Ouest, et connaissait un raccourci qui menait à la maison de Mère-Grand. Une fois arrivé, il mangea Mère-Grand – conduite on ne peut plus orthodoxe pour un carnivore tel que lui. Puis, très au-dessus, comme il se doit, des principes rigides et abrutissants qui conditionnent les hommes à s’habiller en hommes et les femmes, en femmes, il mit la chemise et le bonnet de nuit de Mère-Grand et se glissa dans le lit.

            Le Petit Chaperon Rouge entra dans la maisonnette, et dit : « Mère-Grand, je vous ai apporté une collation cent pour cent naturelle, sans corps gras ni sodium, pour rendre hommage à la matriarche avisée et attentive que vous êtes.

            – Approche, mon enfant, murmura le loup depuis le lit, que je puisse te voir.

            – Oh ! s’écria le Petit Chaperon Rouge, j’oubliais que vous êtes aussi optiquement contrariée qu’une taupe ! Mère-Grand, que vous avez de grands yeux !

            – Ils ont beaucoup vu, et beaucoup pardonné, mon enfant.

            – Mère-Grand, que vous avez un grand nez !... enfin, si on veut… car, dans son genre, il est très séduisant !

            – Il a beaucoup flairé, et beaucoup pardonné, mon enfant.

            – Mère-Grand, que vous avez de grandes dents !petit_chaperon_rouge.jpg

            – Ecoute, soupira le loup, je me contente d’être qui je suis et ce que je suis, un point c’est tout », et il bondit du lit, puis saisit le Petit Chaperon Rouge entre ses griffes dans l’intention de la dévorer. Le Petit Chaperon Rouge cria – ce qui n’est pas une raison pour conclure hâtivement que le penchant manifeste du loup au travestissement l’effaroucha – non, elle cria parce qu’en fait le loup envahissait délibérément son espace personnel.

            – Ses cris furent entendus par une personne exerçant les fonctions de bûcheron (ou de technicien du ravitaillement en combustible, ainsi qu’il préférait être appelé). Entré en trombe dans la maisonnette, il vit la mêlée et tenta d’intervenir. Mais au moment où il levait sa hache, le Petit Chaperon Rouge et le loup s’arrêtèrent net.

            « Et qu’est-ce que vous croyez être exactement en train de faire ? » demanda le Petit Chaperon Rouge.

            La personne exerçant les fonctions de bûcheron cligna des yeux et essaya de répondre, mais fut incapable de proférer le moindre mot.

            « Surgir ici comme un homme des cavernes ! s’exclama-t-elle. Mais allez-y ! Laissez donc à votre arme le soin de penser à votre place ! Sexiste ! Espèce d’espéciste ! Comment osez-vous présumer qu’une femme et un loup sont incapables de résoudre leurs problèmes sans l’aide d’un homme ? »

            Lorsqu’elle entendit les propos exaltés du Petit Chaperon Rouge, Mère-Grand sortit promptement de la gueule du loup. Elle empoigna la hache du coupeur de bois, et lui trancha la tête – là !

            Une épreuve pareille, on s’en doute, ça crée des liens – et le Petit Chaperon Rouge, Mère-Grand et le loup comprirent d’emblée qu’ils avaient pas mal d’objectifs en commun. Alors, sans coup férir, ils fondèrent un nouveau genre de ménage à trois fondé sur un respect mutuel et une vraie coopération. Et ensemble, ils vécurent dans la félicité le reste de leurs jours.

 

Extrait de Politiquement correct, de James Finn Garner

24.04.2009

A la découverte des Morvandiaux

Le Morvandiau en 1934

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Très rapproché du Breton et de l'Ecossais, le Morvandiau est un Celte sur qui la civilisation n'a que très peu mordu. Peu liant, il est, une fois qu'il a donné sa confiance, d'une fidélité à toute épreuve. Il est foncièrement bon. S'il n'y a point ici, de grande misère, c'est qu'il y a une solidarité fraternelle dans le malheur.[...]

Fidèle à sa parole, le Morvandiau est un citoyen obéissant, presque passif. Il reste là où on lui dit de rester. Je les ai vu dans les tranchées, mes braves gars du Morvan ! C'est ici que le pourcentage des morts est le plus élevé : huit pour cent. On leur avait dit de tenir, ils ont tenu jusqu'à la mort.

Le Morvan est un paradoxe en ce sens qu'il ne connaît ni le modernisme, ni le capitalisme, ni la concentration urbaine, ni aucun des autres phénomènes qui accablent l'univers. Le Morvan vit sur soi, pour soi, en soi.

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Paul Allard

A la découverte des Morvandiaux

(magazine Vu, 12 septembre 1934)

23.04.2009

Contes d'autrefois pour lecteurs d'aujourd'hui !

politiquement correct.jpg            Voici un livre, ou plutôt un recueil assez cocasse dont j’ai fait la découverte il y a peu. Politiquement correct, de James Finn Garner. Ici l’auteur s’amuse à pasticher les plus célèbres contes des Frères Grimm et d’Andersen, en jouant le jeu du politiquement correct. Il réécrit donc ces contes d’une manière parodique (voire satyrique) et parodie les lubies de l’idéologie dominante. Un livre assez cynique, mais tout de même très drôle, et fort divertissant ! Si cela en intéresse certains, je pourrai éventuellement recopier un ou deux contes et les mettre sur le blog. En attendant, voici la quatrième de couverture :

            Durant des siècles, nous le savons maintenant, les enfants ont été abreuvés de contes de fées véhiculant, sous une apparence innocente les préjugés les plus odieux : sexisme, racisme, culturocentrisme, âgisme, voire aspectéisme ou espécisme !

            Grâce à l’auteur de ce livre, les voici enfin adaptés à la pensée politiquement correcte de notre temps. Les nains de Blanche-Neige sont désormais des « personnes verticalement contrariées », les sorcières sont « d’une bonté défectueuse », le loup dévorant la mère-grand ne fait qu’obéir à son « statut traditionnel d’exclu », et les trolls se voient reconnaître le droit à assumer dignement leur trollitude.

            L’auteur prie ses lecteurs de lui signaler tout préjugé non encore répertorié qui aurait pu subsister dans ces pages. « Bien que je me sois appliqué, dit-il, à mettre au jour une littérature purgée des influences d’un passé culturel défectueux, il n’est pas impossible que j’aie commis des erreurs.

UD

18.04.2009

Le règne de la quantité

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Nous voici donc à l'ère de l'Homo oeconomicus. Constatation élémentaire, mais dont beaucoup - parmi ceux qui la font - ne perçoivent même plus l'étendue. Elle est pourtant considérable. On ne dit plus : qui est-ce ? Ou que vaut-il ? Mais : combien vaut-il ? Car il est entendu, désormais, que le bonheur n'est qu'affaire de biens matériels. La propriété familiale, elle-même, ne vaut plus que sa valeur en argent. Tout se vend, tout s'achète : les souvenirs et l'honneur également. Le dernier homme, décrit par Nietzsche, ne cesse de prendre la parole : "Amour ? Création ? Désir ? Étoile ? Qu'est cela ? Ainsi demande le dernier homme et il cligne de l'oeil. La terre sera devenue plus aiguë et sur elle sautillera le dernier homme qui amenuise tout (...) Nous avons inventé le bonheur, disent les derniers hommes et ils clignent de l'oeil ".

La " loi du marché " - c'est-à-dire la loi des marchands - a pris le pas sur les impératifs de souveraineté nationale, de préservation du patrimoine, d'enracinement des cultures, de retransmission de l'héritage. Tout peut être cédé au " plus offrant " : à celui qui met le plus sur la table. La richesse qui ne peut être l'objet de commerce ou d'échanges ne vaut rien. L'homme lui-même ne vaut plus que ce que valent les choses qu'il possède. L'homme se " technomorphise ". Il devient également une chose. On sait d'ailleurs combien vaut la vie d'un homme : les variations ne dépendent que de son statut socio-économique. La rentabilité matérielle à court terme nous dicte ce que nous devons faire ; elle détermine nos choix. Dans " rentable ", il y a rente : un idéal de petits vieux. Quand on veut redresser la natalité, on fait valoir que c'est nécessaire " pour payer les retraites ". Aucune autre motivation ne serait plus audible.

Le matérialisme inhérent, en dernière analyse, au libéralisme comme au marxisme, n'est finalement que la dissolution de l'âme intérieure. Disparition de l'action non motivée par l'intérêt personnel ou l'existence immédiate. Refus d'un " autre monde ", façonné par l'éternité des souvenirs. Dissolution de ce qui, nous dépassant, pourrait nous contraindre et, nous contraignant, nous mettre en forme. Le règne de la quantité, pour reprendre une expression de René Guénon, c'est aussi cela : hic et nunc, rien de plus.
La chute du spirituel au matériel, de l'âme à l'esprit, de l'esprit au corps : voilà l'itinéraire classique de toutes les décadences. L'ère de l'Homo oeconomicus est liée à l'avènement du bourgeois. De la bourgeoisie - moins comme classe que comme type d'homme et système de valeurs. (Distinction très simple : les bourgeois font en sorte de préserver ce qu'ils sont). L'égalitarisme, rappelons-le, n'égalise que par en bas et cet effondrement de tout ce qui est élevé et différencié dans tout ce qui est homogène, indifférencié, équivaut en fait à l'inversion des hiérarchies. Mettre la " troisième fonction " au niveau des deux autres, ce n'est pas mettre tout le monde sur pied d'égalité - c'est renverser la hiérarchie des instances et des ordres. Dès lors, la " troisième fonction " ne peut qu'avoir le pas sur la première. En clair : dès lors que l'économique s'est émancipé du politique, il tend inéluctablement à se l'approprier.

On aboutit alors à ceci que l'égalitarisme supprime les inégalités... sauf celles qui sont contestables. Les garanties accordées au nom de la liberté politique sont reprises au nom de la liberté économique. On donne à l'Homme en général des droits abstraits que les hommes particuliers ne peuvent pas concrètement mettre à profit. Il ne faut pas oublier cela, pour éviter bien des malentendus.

Mais c'est aussi l'échec. Aucun système - libéral ou socialiste - fondé sur l'autonomie intégrale et le primat de l'économique ne procure de satisfaction générale. L'Homo oeconomicus existe, mais ce n'est pas un homme heureux. La satisfaction de ses besoins matériels, de ses besoins centrés sur une seule sphère, n'apaise pas son désir, mais au contraire le renforce, le rend à la fois insatiable et désabusé. Toute conception de la société fondée sur le bien-être, sur le welfare, ne peut qu'échouer à susciter le bonheur. Car le bonheur résulte de l'appropriation par l'homme de son propre, de l'appropriation par l'homme d'une personnalité spécifique à l'intérieur d'une identité collective - tandis que la société marchande, massifiante, déculturante, dépersonnalisante, ne se construit que par agglomérat d'hommes-quantités, c'est-à-dire sur les ruines des différences et des personnalités.

Nous n'avons pas le mépris de l'économie. L'économie, ce n'est pas le diable. Et du reste, la " troisième fonction " est aussi nécessaire que les autres. Elle est nécessaire à sa place. Les trois fonctions sont complémentaires ; elles sont indissociables. Mais elles doivent aussi être hiérarchisées : le social dans la dépendance de l'économique, l'économique dans celle du politique. Et la souveraineté justifiée par les formes d'autorité qui la rendent légitime. Rétablir la première fonction à sa place, replacer la troisième à la sienne, mettre fin au " règne de la quantité ", à la conception de l'économie comme destin, au " social " comme raison d'être du politique - c'est tout un.

Robert de Herte

GRECE

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