05.11.2009

Bagpipe !

HISTOIRE DE LA CORNEMUSE

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L’Antiquité :

La cornemuse a une longue et honorable histoire qui remonte aux débuts des civilisations, car c’est l’un des plus anciens instruments de musique joué par l’homme. L’instrument est probablement originaire d’ancienne Egypte où une simple chalémie primitive et un bourdon (drone) étaient associés. Ces derniers furent attachés par la suite à un sac de peau alimenté en air par un troisième tuyau : le porte-vent (blow-pipe) donnant ainsi naissance à une forme primitive de l’instrument que nous connaissons aujourd’hui. Ce genre de cornemuse fut joué par les Grecs et les Romains et se dispersa à travers toute l’Europe d’abord par les premiers Celtes et ensuite par les invasions romaines.



Le Moyen-âge :


Toujours dans sa forme simple, la cornemuse a continué à être populaire à travers les siècles durant le Moyen-âge. C’était l’un des instruments les plus communs dans les pays du
de l’Ouest, du Sud et du centre de l'Europe. Il était particulièrement affectionné des troubadours qui lui ont apporté de nombreuses mélodies jouées par la suite. Beaucoup d’évolutions ont été apportées à l’instrument ultérieurement, parfois avec une échelle de notes plus importante, parfois avec un soufflet tenu sous l’autre bras, remplaçant ainsi le porte-vent. Ces instruments dont il est difficile d’évaluer les degrés de cousinage, restèrent populaires jusqu’au XVIIIème siècle. Mais lorsque les villes s’agrandirent et que l’exode rural dépeupla les villages, la musique devint une activité d’intérieur et des formes élaborées de l’instrument se sont créées, ce qui décima l’instrument original sur presque tout le continent européen. Cependant beaucoup de minorités ont quand même perpétué la tradition locale sauvant ainsi leur cornemuse. C’est le cas par exemple de la Bretagne, de l’Italie du Sud et des Balkans où la forme originelle simple de l’instrument changea peu…


En Grande-Bretagne :

A l’exception des Highlands d’Ecosse, la cornemuse subit le même sort que sur le continent. Elle arriva avec les Celtes et les Romains et prospéra pendant des siècles, c’était un instrument des gens du peuple. On en jouait durant les mariages, les fêtes de plein air, les foires et d’autres sortes de processions ou réjouissances, on l’a décrite dans beaucoup de livres de tous genres, des pièces de Shakespeare aux ballades campagnardes. Les gravures et les sculptures sont également nombreuses. Des formes élaborées de l’instrument devinrent très populaires dans le Sud de l’Ecosse, en Northumbrie et en Irlande. Mais partout ailleurs, l’instrument disparut au début du XVIIIème siècle, sauf dans les Highlands.




Dans les Highlands d’Ecosse :

Son histoire est cependant différente, les Romains n’y sont jamais parvenus. Mais cette musique martiale arriva tout-de-même à s'y exporter, rappelant les esprits guerriers des habitants, et la cornemuse remplaça leur harpe. Les Highlands étaient le lieu parfait pour jouer à l’extérieur, loin des zones urbanisées. La forme originelle de l’instrument, avec un sac et un chalumeau (chanter), un porte-vent et un bourdon est restée telle qu’elle jusqu’en 1500 où un second bourdon fut ajouté. Quant au troisième et dernier, le grand bourdon ou bourdon basse, il fut ajouté 200 ans plus tard, vers 1700.
La cornemuse fut intégrée au système de clans Ecossais et chaque chef posséda son propre sonneur attitré, descendant lui-même de sonneurs : c’était une affaire héréditaire. Le clan avait aussi son collège, où l’on enseignait le «Ceol Mor» ou «Piobaireachd», musique classique de la cornemuse.
Le plus connu de ces collèges était celui des MacCrimmons à Borreraig, sur l’île de Skye. Les descendants des MacLoeds de Dunvegan y enseignèrent durant plus de 200 ans et composèrent des chef-d’œuvres, dont nous possédons encore la plupart. Des joueurs de de tous les Highlands y venaient.
Après 1745 et l’insurrection des Jacobites, la cornemuse fut interdite en Ecosse. Les collèges fermèrent et les familles de joueurs s’éparpillèrent. L’instrument était à cette époque en danger et menacé de disparaître dans beaucoup d’autre lieux. La transmission orales du Piobaireachd et l’art de jouer n’ont heureusement pas été oubliés, car c’est à cette époque que certains sonneurs décidèrent de collecter le Coel Mor et de l’écrire, alors qu’il n’était transmis qu’oralement jusque-là. Maintenant, il y a quelques centaines de pièces de Piobaireachd publiées.
Des «Highlands Societies» se sont constituées à Londres, Edimbourgh et ailleurs dans le but de garder les traditions de vie qu’il y avait dans les Highlands. Ce sont ces sociétés qui ont instauré des compétitions musicales.
La cornemuse est aussi devenue l’instrument préféré des soldats Ecossais qui étaient de plus en plus nombreux à être appelés dans l’armée britannique. Tout cela a contribué à faire revivre et répandre la popularité de l’instrument. Aujourd’hui, la cornemuse des Highlands est présente sur tous les continents où les Ecossais ont voyagé.

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Douze Highlanders et une cornemuse forment une rébellion.

 

 

 

Griffen MacGregor

12.04.2009

Fêtes païennes : Ostara - Pâques.

Source :

 

Philippe WALTER, Mythologie chrétienne, Imago, 2003 (http://www.editions-imago.fr/)

 

Et aussi ...

Pierre VIAL, Fêtes païennes des quatre saisons, Editions de la Forêt, 2008

Nadine CRETIN, Fêtes et traditions occidentales, PUF que sais-je ?, 1999

Christian-J GUYONVARC'H, Les fêtes celtiques, Ouest-France, 1995

Guy DELEURY, Les fêtes de Dieu, éditions du Félin, 1994 (épuisé)

Yvonne de Sike, Fêtes et croyances populaires en Europe, Bordas, 1995 (épuisé)

Alain de BENOIST, Les traditions d'Europe, Le Labyrinthe, 1996

Arnold VAN GENNEP, Le folklore français, Robert Laffont, 1999

 

 

887937.jpgLE PASSAGE DE PÂQUES (page 107)

 

Huit périodes de quarante jours correspondent théoriquement à trois cent vingt jours alors que l'année solaire en comporte trois cent soixante-cinq jours et quelques heures. L'écart provient en fait du décalage qui existe entre un calendrier rythmé sur les phases de la lune (comme l'était le calendrier des peuples dits « barbares» avant la conquête romaine) et un calendrier solaire. La fête mobile de Pâques est la clé de tout le calendrier médiéval. Elle introduit un déphasage dans le rythme des quarantaines ici analysé mais elle ne fait qu'en confirmer le principe. On sait que Pâques est une fête mobile qui peut osciller entre le 22 mars et le 25 avril. Quarante jours avant Pâques, un mardi gras précoce peut donc se trouver au plus près de la . Chandeleur; au contraire, une fête de Pâques tardive le reporte un mois plus tard. Dans l'intervalle, le carême impose sa rigueur et sa loi inflexible de quarante jours (carême vient du latin quadragesima qui renvoie au chiffre « quarante» ).

 

ukrainien.jpgL'ŒUF (page 112)

 

Comme les sept autres grandes dates de l'année, Pâques peut se comprendre comme une date d'intense circulation des âmes et esprits entre l'Autre Monde et le monde humain. Le modèle de ces rapports se trouve dans de nombreux récits celtiques. Le passage christique de la mort vers la vie ne fait finalement que reproduire à une échelle chrétienne ce trajet symbolique. Dans le folklore, la période pascale est marquée d'abord et avant tout par l'apparition d'êtres de l'Autre Monde qui prennent principalement une forme animale. Le lièvre de Pâques est une réincarnation printanière du Sauvage; il s'apparente à la cohorte des animaux féeriques qui hantent l'imaginaire médiéval.

Si le Moyen Age ignore, en effet, le lièvre distributeur de cadeaux et de friandises, il connaît d'autres figures tout aussi merveilleuses. La biche blanche ou le cerf blanc des récits arthuriens hantent ces périodes de transition entre les quarantaines de l'année. Dans le roman de Chrétien de Troyes intitulé Erec et Enide, la chasse au Blanc Cerf a lieu le lundi de Pâques, comme s'il fallait rappeler le lien de cet animal avec la lune d'équinoxe. L'apparition des animaux fées est commandée par l'astre lunaire qui rythme leur récurrence annuelle. Ces animaux conducteurs d'âmes servent de médiateurs entre le monde humain et l'Autre Monde.

lapine.jpgDans le folklore moderne, les traditionnels œufs de Pâques sont censés être apportés aux enfants par les cloches qui reviennent de Rome ou par le lièvre de Pâques lui-même. Toutefois, dans les régions germaniques, l'animal féerique change d'apparence : en Westphalie, c'est un renard, en Thuringe une cigogne, au Tyrol une poule blanche, en Suisse un coucou et en Saxe un coq. La présence d'animaux de basse-cour semble plus vraisemblable à côté de ces œufs rituels. Cependant, il est évident que les œufs de Pâques sont investis d'une valeur mythique qui n'a rien à voir avec leur usage proprement alimentaire. Leur caractéristique mythique semble même privilégier des usages non alimentaires. Quant au lièvre de Pâques, son rôle mythique est bien antérieur à la civilisation chrétienne puisqu'il se trouve déjà dans le bouddhisme et dans la mythologie chinoise. Il habite sur la lune où il prépare une nourriture d'immortalité. Les œufs de Pâques semblent bénéficier de vertus comparables sans qu'il soit possible, bien évidemment, d'établir un lien direct entre eux et la nourriture des antiques divinités chinoises. Dans le folklore pourtant, les œufs de Pâques, surtout ceux qui avaient été pondus le vendredi saint, étaient jadis réputés procurer la santé aux hommes et aux bêtes. Ils pouvaient se conserver longtemps et protégeaient également contre la foudre. On s'en servait encore pour reconnaître les sorcières ou pour se prémunir contre elles: l'absorption d'une soupe à base de neuf herbes et légumes différents avait la même vertu. L'œuf de Pâques se protège en fait toujours comme un porte-bonheur. Dans certaines régions d'Alsace, on se transmet des œufs millésimés de génération en génération. On pense que, dans un œuf de Pâques qui s'est conservé pendant cent ans, le jaune se transforme en pierre précieuse et assure la fortune de son possesseur.

Les druides croyaient déjà à la puissance magique de l'œuf. Le mythe gaulois de la vouivre, rapporté par l'écrivain latin Pline, en rappelle des aspects majeurs. Marcel Aymé illustra cette croyance sous une forme plaisante dans l'un de ses romans qui se réfère explicitement à l'antique tradition gauloise. L'animal mythique sécrétait une sorte d'œuf qui pouvait devenir un talisman. La figure de la vouivre, modèle de toutes les créatures fées de l'Autre Monde, pourrait bien constituer l'étape celtique d'une croyance en la régénération périodique du temps des saisons, une sorte de mue humaine vers une vie renaissante.

 

 

lapin.jpgPÂQUES - OSTARA

 

Célébrée à la fin du mois de mars ou dans le courant du mois d'avril, la fête de Pâques coïncide plus ou moins avec l'équinoxe de printemps (21 mars). C'est à cette période de l'année que meurt l'hiver. Les neiges commencent à fondre, les rivières sont en crue, le soleil triomphe du froid, et ses rayons recouvrent la nature de vertes prairies, de fleurs et de bourgeons, la vie renaît. Une nouvelle ardeur saisit les hommes, les animaux et les plantes.

 

Pâques est par excellence la fête du renouveau, de la fécondité, de la fertilité, mais aussi du soleil, principe céleste et fécondant sans lequel rien ne naîtrait. Ses origines sont très anciennes. La fête porte le nom d'une déesse lunaire, Ostara, qu'un héros solaire aurait délivrée de la captivité au moment de l'équinoxe de printemps.

 

Comme vous le savez, toutes les fêtes de l'année, l'année, Solstices, Epiphanie, Chandeleur, Carnaval… correspondent à un moment donné du cycle solaire. Pâques se situe ainsi au moment où le soleil est redevenu suffisamment puissant pour réchauffer la terre, et de nouveau lui apporter la vie.

 

Aujourd'hui, à l'aube du XXIème siècle, nous n'avons pas oublié les fêtes et traditions de nos ancêtres et nous continuons à les célébrer. Même si nos journées ne sont plus rythmées par le soleil – notre mode de vie ne s'y prêtant plus, cela s'entend ! – nous vivons ces moments privilégiés dans un rapport étroit avec la nature.

 

Pâques, pour nous résumer, c'est tout simplement la fête du printemps. L'œuf surtout symbolise la renaissance de la nature, la fécondité. Il représente la vie qui s'apprête à éclore. Il est de tradition, dans notre culture européenne, de manger, mais aussi de s'offrir des œufs décorés.

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06.04.2009

La tarte aux escargots

008.gifPour inaugurer notre catégorie «  gastronomie » avec faste, nous vous présentons la tarte aux escargots, met typiquement bourguignon. Pour la petite histoire, il faut savoir que les Grecs et les Romains sont déjà friands de ce mollusque qu'ils élevent et accommodent de façon variée. Au Moyen-Age, l'escargot est un met de noble car son assaisonnement est fort coûteux et sa chasse est pratiquée à cheval avec des chiens, plus aptes que leurs maîtres à dénicher les colimaçons enterrés. Au XVIème siècle, un regain de faveur entoure l'escargot qui considéré comme viande maigre, comme la grenouille, trouve sa place sur toutes les tables, et non seulement celles des monastères, en période de carême et de jeunes. Au XVIIème siècle, l'escargot est dédaigné et n'est plus guère consommé qu'en province. Ce n'est enfin qu'au XIXème siècle que les restaurants parisiens le redécouvrent et le popularisent à travers la recette « à la bourguignonne » qui va devenir emblématique de la gastronomie française.

Ingrédients :

Une pâte à tarte feuilletée, une grosse cuillerée de moutarde de Dijon (de préférence au vin blanc ), la valeur d'une cuillère à soupe de semoule, trois ou quatre tomates selon grosseur, 50 g de Comté râpé, une boîte de 4 ou 5 douzaines d'escargots de grosseur moyenne, une gousse d'ail coupée en 4, du persil haché avec ¼ de la gousse d'ail et un peu d'échalotte, sel, poivre, un peu d'huile d'olive, une branche de thym et une feuille de laurier.

Instructions :

Egoutter les escargots, les rincer à l'eau froide, les égoutter à nouveau, puis les remettre à mariner dans un saladier avec de l'huile d'olive, le thym, le laurier, l'ail, du sel et du poivre, quelques heures.

Etaler la pâte dans la tourtière, sans faire de bordure et l'enduire de moutarde sur toute la surface en laissant quelques milimètres sur le bord.

Saupoudrer la semoule puis le fromage râpé sur la moutarde.

Couper les tomates en rondelles en enlevant les pépins et les étaler sur toute la surface, toujours en réservant un petit bord, les saler au sel fin et poivrer avec le moulin.

Disposer les escargots sur les tomates en rangs concentriques et verser sur le tout l'huile de la marinade.

Mettre au four préchauffé à thermostat 8 (environ 230°) pour environ 20 minutes de cuisson ; surveiller la couleur de la pâte qui doit être bien dorée et les escargots qui ne doivent pas être dessechés (si besoin supprimer le haut du four).

Au moment de servir, parsemer le persil haché et servir chaud.

 

Bon appétit !

 

- Recette empruntée à l'Almanach bourguignon 2003

 

MT

01.04.2009

Tout savoir sur le poisson d'avril !

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 D’où vient cette coutume annuelle du poisson d’avril, qui chaque année voit de nombreuses personnes se promener avec un poisson de papier dans le dos, ou subir divers farces et canulars ? A peu près tout le monde s’y plie en France, avec d’ailleurs plus ou moins d’humour… Mais on peut se demander, quelle est son origine ?

            Il faut savoir que jusqu’au XVIème siècle en France, le début de l’année ne se situait pas le même jour suivant les endroits. En effet, c’est au cours d’un voyage dans les différentes parties de son royaume que le Roi de France Charles IX constata que selon les diocèses, l'année débutait soit à Noël (à Lyon par exemple), soit le 25 mars (à Vienne par exemple), soit le 1er mars ou encore à Pâques, ce qui provoquait des confusions. La légende veut que l’année commença aussi parfois le 1er Avril, mais c’est en fait assez imprécis. C’est dans l’Edit de Roussillon de 1564 que Carles IX ajoutera quelques articles spécifiant que dans toutes les régions françaises, l’année civile commencerait officiellement le 1er Janvier.

            Et c’est ainsi que naquit le jour des fous. Car, révoltés qu’on bousculât leur calendrier, de nombreux sujets du roi refusèrent ce nivellement, et continuèrent à célébrer une sorte de faux nouvel-an, le 1er Avril, en signe de contestation. Mais à fausse fête, faux cadeaux, et il était de coutume d’offrir de faux présents, ou de faire des farces pour tromper les benêts. La symbolique du poisson pourrait venir de plusieurs choses : au moment du 1er Avril, la lune sort du signe zodiacal du poisson. Mais c’est également la période de carême, et le poisson était donc à cette période de l’année le produit alimentaire le plus répandu, d’où l’offrande de faux poissons pour piéger la victime.

            Cet usage s’est perpétué jusqu’à nos jours, où les médias et les institutions se prêtent aussi au jeu en diffusant souvent des « canulars du 1er Avril ». Cette année verra comme toujours son lot de plaisanteries et d’attrapes, et espérons que la tradition perdurera, et ne s’effacera pas de la même manière que celle du Mardi Gras.

U.D.

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23.03.2009

La Tarasque

Sainte Marthe et la Tarasquetarscon.jpg

Connaissez-vous la fabuleuse histoire de la Tarasque ? Cette créature apocalyptique est issue des légendes médiévales de Provence. Il s’agissait d’un monstre amphibie, qui était si gigantesque et si puissant qu’il terrorisait toute la population du village à côté duquel il avait élu domicile. Il ravageait le pays, dévorant les bétails et détruisant les maisons. C’est Sainte Marthe qui seule sera capable de la dompter et de ramener la paix dans la contrée. J’ai choisi d’en parler, car cette créature est comme vous pourrez le voir assez proche de notre mascotte la Vivre (bien que plus terrifiante), faisant également l’occasion de festivités chaque année à Tarascon, généralement le 29 Juillet (jour de la Sainte Marthe). C’est en me promenant dans les étagères de mon grand-père que j’ai déniché un relativement vieil ouvrage de contes et de légendes provençales, dont j’ai extrait et recopié le conte de la Tarasque pour vous le faire connaître. Le texte que j’ai choisi est d’inspiration chrétienne, et vous replongera à l’époque des persécutions, des martyrs et des saints. A présent bonne lecture, car le voici :

« Le Léviathan se sentait encore en pleine force. Il n’était pas très vieux puisqu’il n’avait guère plus de mille ans, et toute la colère que l’Eternel avait mise jadis dans son sang continuait d’y bouillonner furieusement.

La terreur habitait autour de ses dents. Son corps était semblable à des boucliers d’airain fondu : il était couvert d’écailles pressées, si étroitement jointes que le moindre souffle n’eût pu y passer. Ses yeux étincelaient comme la lumière du soleil levant. Du fond de sa gueule sortaient de brûlants éclairs, et des fumées montaient de ses narines ; son haleine aurait allumé des charbons. Son cœur était dur comme une enclume, et la foudre serait tombées sur lui sans faire remuer ses membres d’un côté ni de l’autre. Il se riait des épées, des lances et des cuirasses. Il marchait sur l’or comme sur la boue, et les gouffres où il passait blanchissaient comme de la cendre.

Mais après des siècles de puissance et d’orgueil, il devint inquiet soudain. Ce fut lorsque saint Jean commença d’annoncer la venue prochaine du Christ. Le Léviathan comprit que la vieille Loi par laquelle il régnait allait voler en pièces, et qu’une Loi nouvelle lui ôterait son empire : la vengeance de Dieu ne voulait plus de lui pour allié.

Dans le même temps, les monstres qui vivaient dans les terres maudites de Judée, entendant résonner parmi les pierres et les épines la voix de saint Jean, furent saisis d’une crainte égale à celle du Léviathan : les licornes impétueuses, les sirènes du désert, les affreuses sirènes aux pieds d’oiseaux qui vivent dans les rochers et la poussière, les onocentaures furieux qui ont un buste de guerrier sur le corps d’un âne sauvage, les satyres aux flancs de bois rugueux, aux gosiers de corne, les funèbres lamies, les dragons, tous s’enfuirent soudain de la Terre sainte.

Le Léviathan remonta en grondant vers le nord, et ne s’arrêta que dans les hautes montagnes qui s’entassent au centre de l’Asie mineure. Ce pays était peuplé de Gaulois qui l’avaient conquis depuis deux siècles, et on l’appelait d’après leur nom la Galatie d’Asie. Farouche, le Léviathan s’y retira pour y attendre la mort. Mais auparavant, il aurait voulu perpétuer sa race, en laissant après lui un monstre qui fit du mal aux hommes.

Un jour, dans ces montagnes, il rencontra… faut-il tout dire ? C’était une bête si horrible, celle-ci, que le bruit et la mémoire même de son nom sont tombés dans les ténèbres, car il secouait d’épouvante les plus hardis : nommer la Bête, c’était presque la faire apparaître. Encore aujourd’hui, les seuls qui pensent à elle, les Provençaux, n’osent l’appeler que sous un nom qui heureusement n’est pas le vrai, la Bounge.

Une vipère gigantesque. En guise d’yeux, elle montrait sur son front osseux un trou livide, où les plus de sa peau retenaient une escarboucle. Quand elle se baignait, elle déposait sur la rive son œil de pierre étincelante, et devenait aveugle jusqu’au moment où, sortant de l’eau, elle le reprenait. Elle était d’une sauvagerie merveilleuse, et ne voulait frayer avec aucun animal, pas plus qu’avec les hommes. Si un fou la pourchassait, elle lâchait sur lui un jet d’ordure enflammée, à la fois raide comme un dard et liquide comme la boue ardente des volcans, qui s’étendait sur un arpent de long, et réduisait en cendres les corps vivants, les armes et les pierres.

Elle vieillissait donc solitaire, elle aussi. Le Léviathan profita d’un jour où la Bounge se baignait dans un immense lac salé nommé Tatt pour lui dérober son escarboucle. Il se jeta sur la bête aveugle, lui mordit la nuque, lui tordit les reins, et l’entraina avec lui. Les eaux du Tatt frappées d’horreur refluèrent en vastes houles sur les rives. Telles furent les noces du Léviathan et de la Bounge.

Treize mois plus tard naissait un monstre nouveau, qui en quelques jours grandit de façon démesurée, au point d’effrayer ses parents. Il avait la tête fauve d’un lion, avec le mufle fendu en croix d’une crevasse sanglante. Ses dents étaient aigües comme des glaives. Sur son coup se hérissait une crinière noire et brillante qu’il secouait en gonflant la nuque : et alors, sans qu’il ouvrît la gueule, il sortait de cette chevelure des rugissements mortels. De la tête à la queue, les os de son échine semblaient crever sa peau écailleuse et se dressaient comme cent fers de hache. Ses flans palpitaient ainsi que des voiles de navire tourmentées par la rafale. Ses six pattes tordues portaient des ongles d’ours, qui claquaient et grinçaient sur le sol. Loin derrière son ventre blême serpentait une queue qui aurait semblé celle d’un aspic, vive et jaillissante, si elle n’eût été à sa racine grosse comme la taille d’un homme, et aussi longue qu’un tronc de cèdre.

Sa force était plus grande que celle de douze éléphants de guerre attelés ensemble. Mais c’est un grand bonheur que le Léviathan et la Bounge furent âgés et tristes quand ils donnèrent le jour au nouveau monstre ; sans cela, il aurait dévoré la terre. Il fut pourtant presque aussi terrible que ses parents. Les Gaulois d’Asie l’appelaient dans leur langue Tharrascouros ; et sans rien en savoir, à mille lieues de là, quand cette bête fut venue en Occident, les Gaulois de Gaule, dont la langue est presque la même, devinèrent aussi qu’il fallait l’appeler Tarasque.

Or il advient que la Tarasque, à peine adulte, prit en haine son pays d’Asie, les eaux Tatt, et ses propres parents. Elle descendit furieusement du haut des montagnes Galates, et se jeta dans la mer. Elle nagea vers le soleil couchant, et sur son passage elle faisait bouillir le fond de la Méditerranée comme l’eau d’un chaudron.

Quand elle arriva au large des côtes provençales, elle sentit parmi les flots salés une force aussi farouche que la sienne s’opposer à son élan et l’envelopper d’une étreinte glacée. C’était le Rhône, le Rhône qui au sortir ses bouches labourait largement le limon des gouffres marins avant de consentir à s’arrêter. Du haut des Alpes, les glaciers et les champs de neige précipitaient dans les vallées des torrents qui se chevauchaient et s’écrasaient les uns sur les autres.

Irritée de cette résistance, la Tarasque remonta vers la surface : elle fendit les masses froides qui du haut de l’estuaire croulaient sur elle. Elle s’élança vers le nord, et d’énormes bourrelets d’eau venaient crever en tumultes sous le mistral qui écorchait le fleuve. Des nappes troubles déferlaient au loin sur les campagnes inondées, battant les murs des maisons ; des paquets d’écumes allaient s’échouer dans les roseaux secoués, pleins de rudes bruissements.

Mais à mesure que la Tarasque dévorait l’espace liquide avec la violence d’un raz-de-marée, sa colère diminuait ; elle se prenait à estimer le Rhône, cet adversaire courageux et sans repos. Elle finit par se lasser de ce jeu sauvage, et satisfaite d’avoir conquis dix lieues sur le fleuve, elle gagna les marais étalés sur la rive orientale, et y établit désormais sa demeure.

En ce temps là, une immense forêt couvrait les deux bords du Rhône entre Avignon et Arles. Les gens du pays l’appelaient Nerluc, c'est-à-dire la Noire-Forêt ; car elle était faite de chênes verts au feuillage si foncé, et si confusément entre leurs énormes troncs se pressaient les fourrés de lentisque et de cade, qu’une nuit perpétuelle régnait là-dessous.

Ça et là seulement les arbres faisaient place à des bras du Rhône, vivants ou morts, à des étangs innombrables, à des prairies mouvantes qui flottaient sur la vase. Le monstre amphibie se plaisait dans ces herbages. Il mangeait le foin comme vingt bœufs ; et il engloutissait du même coup toutes les bêtes des champs qui venaient s’y ébattre.

Il dormait sous les opaques ramures, dans le secret des roseaux et dans les lieux humides. Les ombres couvraient son ombre, et les saules des îles l’environnaient. Joyeux et sans étonnement, il se disait : « Quand je voudrai, je boirai le fleuve ! » et il se promettait que le Rhône viendrait couler dans sa gueule.

En attendant, il remplissait de son corps énorme les bras du fleuve qui lui plaisaient, et faisant refluer les eaux il obstruait toute navigation. Dans les bassins plus profonds, quand il avait plongé pour fouiller la fange, il remontait si soudainement à fleur d’eau, parmi des remous épais et troubles, qu’il faisait chavirer les barques. Il mettait ses pattes sur les plus gros bâtiments et les engloutissait, ou bien il les broyait entre ses mâchoires affreuses. Il poursuivait les naufragés dans l’eau et sur les rivages, où il traînait avec un bruit de torrent son ventre flasque.

Il pourchassait les troupeaux et les bergers ; et parfois, même, jusque sous les murs du bourg fortifié de Jarnègues, autour duquel s’écartait la forêt, en bordure du Rhône. Le raclement de ses écailles sur les galets annonçait son approche aux habitants terrorisés : « La Tarasque ! La Tarasque ! »

tarasque.JPGDu haut des portes, les gardes hésitants lui lançaient des flèches, des javelots, précipitaient sur son dos leurs masse d’armes, et tout ce qu’ils avaient sous la main. Mais la Tarasque méprisait le fer comme des feuilles mortes, et l’airain comme un bois pourri ; les pierres de la fronde et les boulets des balistes étaient pour elle de la paille sèche qui vole.

Nul, bien entendu, n’aurait songé à l’affronter dans son domaine, les bois ou les marais. Et l’on n’imaginait point quelle ruse pourrait venir à bout de se malice.

Soudain, au bout de sept ans, on cessa de la voir. Pendant tout un mois, les pauvres hommes se crurent débarrassés d’elle par miracle. Cependant, un beau jour, dans un des marécages favoris de la Tarasque, un chasseur égaré sentit une affreuse odeur : bientôt il vit sur l’herbe jaunie et comme cuite une dépouille gigantesque, toute plissée, noirâtre : on eût dit un amas de loques en décomposition. Joyeux, il  planta son épieu, pour insulter l’ennemie morte et prendre sa revanche des longues angoisses passées. Mais le fer ne fit que crever une peau vide, sans résistance, comme dans de l’eau, en soufflant. C’était la mue de la Tarasque, qui venait de faire peau neuve, et courait déjà la campagne, fière et affamée.

­– Il aurait fallu, pensa l’homme, profiter de sa fièvre, et l’attaquer pendant qu’elle était malade. Trop tard maintenant.

Les habitants attendirent avec impatience la prochaine mue, bien décidés à battre la campagne dès qu’une nouvelle disparition de la Tarasque annoncerait qu’elle allait quitter sa vieille peau. Il fallut laisser passer encore sept ans. Mais quand ils découvrirent le marécage où avait lieu la métamorphose, ils ne purent s’approcher de la bête en travail, si effroyables étaient la chaleur et la puanteur dégagées par sa fièvre : ils en seraient tombés morts. Ils durent regarder de loin la Tarasque se tordre et se débattre pendant huit jours, se traînant à peine dans d’affreux efforts, battant de ses replis la boue qui tremblait, et remplissant l’air de rauques grondements. Alentour, des fumées lentes montaient de l’herbe et des arbres, empoisonnés par son mal.

Pourtant la vue de ce grand monstre si longtemps cloué au sol humide donné une idée aux spectateurs. Il y avait non loin d’Avignon, dans es marais de la Sorgue, un lieu désert appelé le Thor, où s’étendait une nappe de boue si tenace qu’elle engloutissait tout ce qui s’y posait, lièvres au pas léger, oiseaux, ou feuilles tombées. Les pierres lancées par jeu s’y enfonçaient avec une lenteur terrible et sûre. Si un homme, s’écartant du chemin, y aventurait le pied ou le poing, la boue lui suçait le bras, la jambe, le corps entier, l’avalant comme si un attelage de bœufs le tirait avec des cordes. Il fallait en toute hâte couper à la hache bras ou jambe, pour sauver le malheureux de cette boue infernale. Plus tard, l’intervention de la sainte Vierge devait faire disparaître ce champ d’enlisement, et les gens du voisinage, par reconnaissance, élevèrent à cette place même l’église Notre-Dame qu’on y voit encore.

Les Gaulois de Nerluc pensèrent donc qu’ils pourraient diriger la Tarasque vers ce lieu de perdition, en liant à des piquets, espacés le long du chemin, des chiens, des chèvres, des ânes, qu’elle dévorerait l’un après l’autre, attirée de proche en proche par leurs cris de terreur. Quand elle arriverait au champ de boue, elle y trouverait un dernier appât, placé au centre du bourbier gluant : un jeune taureau de Camargue qu’on aurait fait glisser là, et qu’on maintiendrait en l’air par quelque engin.

Il suffisait de tendre un câble entre deux grands pins fourchus, enracinés en terre ferme sur l’un et l’autre bord. Pour lancer ce câble, voici ce qu’on fit. Au pied de l’un des pins se campa un frondeur. Il fit tournoyer sa fronde, et lança par-dessus le champ de boue une pierre qui s’envola en bourdonnant. Derrière elle se courbait dans l’air une ligne blanche et tremblante : c’était un fil de lin attaché au projectile qui l’entraînait. A peine tombée sur l’autre rive, la pierre fut ramassée, et le fil qui flottait mollement dans l’espace fut tendu avant d’avoir effleuré la boue. Ensuite on le fit passer dans la fourche de chacun des pins, et en tirant l’une des extrémités on hala d’un arbre à l’autre une longue amarre de pêcheur, qui supportait en son milieu un taureau mugissant.

La Tarasque, alléchée par les proies offertes, ne fut pas longue à parvenir jusqu’au Thor. Mais hélas, avertie par sa malice diabolique, elle s’arrêta au bord du terrain mouvant. D’un coup formidable de sa queue, elle faucha le pin le plus proche qui tomba dans le bourbier et fut englouti tout entier en quelques minutes. Pendant ce temps, la bête avait saisi le câble entre ses mâchoires et tirait dessus avec la force d’une avalanche. On vit alors une chose inouïe : pour la première et la dernière fois au monde, le gouffre du Thor lâcha sa proie. Le taureau, déjà à demi enseveli, émergea lentement de son tombeau visqueux, et glissa sur la fange comme une anguille harponnée. Quand il fut sur l’herbe sèche, la Tarasque le dévora, tout barbouillé de limon comme il était. Puis elle s’en retourna vers le Rhône.

Les habitants de la Noire-Forêt, désespérés, regagnèrent leurs hameaux ou le bourg de Jarnègues. Et leur malheur dura encore pendant de longues années : jusqu’à l’arrivée de sainte Marthe en Provence.

Sainte Marthe, après la mort de Jésus, avait échappé par miracle aux premières persécutions. En compagnie de sa sœur Marie-Madeleine et de son frère Lazare, de Marie Jacobé, de Marie Salomé, des servantes Marcelle et Sara, les bourreaux l’avaient lancée en pleine mer sur une barque sans rames ni voiles, sans gouvernail, toute crevassée. Ils n’avaient ni pain ni eau et leur mort était certaine.

Mais Lazare le ressuscité dépouilla ses épaules du linceul de mort qu’il portait toujours en souvenir de Jésus ; Marthe et Madeleine le déployèrent à la brise, et le pauvre esquif glissa à fleur d’eau comme un alcyon. Des anges chantaient dans l’air, et à les ouïr les fugitifs se sentaient soulagés de toute faim et de toute soif.

Au bout de sept jours, ils arrivèrent en vue des îles Stoechades, qui depuis ont formé la Camargue. La barque décrivit une courbe gracieuse vers le nord. Son sillage, en ralentissant peu à peu et se brisant à l’approche de la plage, traça sur l’eau calme une route de satin azuré. De nos jours encore, quand le temps est serein, on voit frissonner à la surface de la mer de longues écharpes de moire bleue qui rappellent l’arrivée de la barque providentielle : on appelle cela le chemin des saintes. La petite troupe prit pied sur le sable en un lieu qui, par la suite, eut nom : les Saintes-Maries de la Mer, en l’honneur de Marie-Madeleine, Marie Jacobé et Marie Salomé, et de leur servante Sara l’Egyptienne, qui devint la patronne des Bohémiens.

Ils passèrent la nuit sous le porche d’un temple, couchés à même la pierre. Le lendemain, ils se préparèrent. Sainte Marthe, avec sa servante Marcelle, se mit à remonter la vallée du Rhône, prêchant dans les campagnes et dans les bois. C’est alors que les malheureux habitants de Jarnègues et des hameaux d’alentour, voyant sa sainteté et connaissant les miracles opérés par ses compagnons, la supplièrent de les délivrer du monstre qui les terrorisait.

Marthe, émue de leurs prières, entra dans la Noire-Forêt. Elle avançait, seule, sans autre défense que sa robe blanche. Et ses petits pieds nus se posaient légèrement sur les pierres, les épines et la boue, sans en être ni blessés ni souillés. Guidée par le bruit retentissant que faisait au loin la Tarasque, elle découvrit sans peine son chemin dans les bois, et trouva la bête qui achevait de dévorer sa proie, un jeune poulain sauvage échappé de Camargue.

Quand la Tarasque vit Marthe, nouvelle victime offerte, elle mugit avec une joie épouvantable. Elle se dressa sur ses pattes de derrière, dont les griffes d’ours labourèrent le sol. Sa queue, en battant d’impatience, fit écrouler un amas de rochers dans un nuage de poussière. Elle se rua vers Marthe, et le sol tremblait sous le poids de son corps. Son mufle de lion dégouttait de sang par toutes ses SL373191.JPGcrevasses, et riait.

La jeune fille alors leva la main et présenta la croix à la Tarasque. L’élan monstrueux de la bête se brisa, comme une vague contre des falaises : la Tarasque s’arrêta en tressaillant, clouée au sol. Elle pantelait, tout son corps semblait bouillonner. Sainte Marthe leva encore la main, et lui jeta de l’eau bénite. La fièvre folle de la bête s’éteignit comme une eau écumante qui retombe et s’étale.

Sainte Marthe dénoua sa ceinture couleur de mer paisible ; elle la prit par les deux bouts et la fit doucement voler en avant, à la façon de l’écuyer qui passe la bride au cheval. La Tarasque baissa la tête, et par-dessus sa crinière ténébreuse la ceinture bleue retomba sur son coup. Elle se laissa lier, et plus douce qu’un agneau, elle suivit sainte Marthe qui souriait.

La belle enfant et le monstre sortirent de la forêt et entrèrent dans le bourg de Jarnègues par la porte fortifiée, grande ouverte. Les habitants, d’abord effrayés, se rassurèrent vite et poussèrent des cris de joie en bénissant la sainte qui les avait sauvés. Quand la Tarasque fut rendue sur la place, et comme ils n’avaient plus rien à craindre et qu’elle était laide, ils lui jetèrent de grosses pierres pour l’assommer, et la percèrent de coups de lance. Elle mourut sans se défendre, ses prunelles ardentes fixées sur sainte Marthe. Elle semblait la boire des yeux.

Sainte Marthe pleura en voyant s’éteindre la flamme silencieuse de ces regards. Elle pleura, puis elle pardonna aux gens leur colère parce qu’ils avaient beaucoup souffert.

Depuis ce jour-là, Jarnègues prit le nom de Tarascon. Sainte Marthe fonda dans la ville une basilique en l’honneur de la Vierge. Plus tard, elle y fut ensevelie, et après sa mort fit beaucoup de miracles. »

Source : « Contes et Légendes de Provence » d’André Pézard, aux éditions Fernand Nathan, 1961.

U.D.

21.03.2009

La Légende de la Vivre

            Qu’est-ce que la Vivre ?vivre.jpg

Le mot « Vivre » est une des écritures du nom de la créature légendaire qu’est la Vouivre. Cette écriture singulière se retrouve en région Bourguignonne, dans les contes populaires qui relatent de cet étrange animal. On notera l’existence d’autres orthographes à travers la France, tel que « Vouire » en Franche-Comté, « Nwyvre » en Bretagne, mais encore « Guivre », « Wivre », « Vaisvre », « Vuipre », et en anglais on trouve l’écriture « Wyvern ». On voit donc qu’il ya foule d’écritures possibles pour une même chose, qui elle-même diffère selon les mythes. On a longtemps rattachés ces noms à la racine latine « vipera », mais on sait aujourd’hui que « Vouivre » et ses équivalents remontent à un vocable celtique, « wobera », lui-même issu d'une racine indo-eurpéenne « bher- », qui signifie « ondoyer ».

La Vivre peut revêtir différentes apparences suivant les légendes, mais elle est systématiquement associée au serpent. La Vivre est généralement un grand serpent souterrain, gardant un précieux trésor, et est associée à l’eau et à la féminité. Elle n’est pas nécessairement mauvaise, comme le mot « serpent » pourrait le suggérer, mais comme nous l’indiquent les légendes, elle donne souvent de bonnes leçons aux hommes qui convoitent ses trésors.

On raconte par exemple en Bourgogne l’histoire d’une femme déjà riche et pourtant très avare, qui perdit son fils en volant le trésor de la Vivre. Un an après, jour pour jour, la Vivre consentit à lui rendre son fils en échange d’une bonne conduite qu’elle avait du avoir pendant toute l’année, devenant ainsi la plus généreuse des femmes au sortir de cette expérience.

Il est intéressant de voir que dans l’imaginaire celtique, le serpent (et par extension la Vivre) est associé au monde souterrain et à la terre nourricière ; aux bienfaits de la Nature également par la thématique de l’eau qui lui est associé. Cet aspect bienfaiteur du monde souterrain se retrouve dans la mythologie gauloise, et ce n’est qu’avec l’arrivée de l’Eglise catholique que l’image du serpent sera ternie en étant associée au mal, à la tentation et au péché (dans le but notamment de faire oublier les vieilles mythologies païennes). Ce qui influence aussi les légendes, avec notamment cet aspect « draconisant» et agressif qu’on y retrouve parfois.

Heureusement, certaines traditions sont encore vivantes aujourd’hui, et pour ne citer qu’un exemple il y a, tout les 20 ans à Couches (un charmant petit bourg de Saône-et-Loire situé à mi-chemin entre Autun et Chalon-sur-Saône), et ce depuis 1328 (donc prochainement en 2028), une fête pour célébrer la victoire du magicien Yoata sur la Vivre de Couches, et faire revivre par la même les coutumes, métiers et festivités médiévales.

Voici donc quelle est notre emblème, un animal mythologique issu de notre héritage celtique et bourguignon. Car à l’heure du matérialisme et du rationalisme ambiant, quoi de mieux que de revisiter notre patrimoine mythologique pour respirer un peu et reprendre espoir ? La Vivre, c’est aussi ce dragon qui sommeille en nous, cette force, cette combativité depuis trop longtemps assoupie, que nous comptons bien réveiller par notre œuvre. Cet animal puissant, protecteur et éternel, symbolise pour nous une identité et une culture qui jamais ne mourra, et que nous défendrons avec ardeur. C’est sous la bannière de ce serpent mythique que nous lancerons la Résistance !

 

U.D.