16.08.2009
L'Eté de la Vivre
Cet été fut marqué par un temps de relative inactivité pour le blog. Vacances, manque d’inspiration, déménagement, bref toutes ces sortes de choses qui peuvent ralentir la production d’un blog. Nous avons, Mero et moi-même, vécu une ou deux aventures au cours de cet été, et en tant que bloggeur consciencieux je vous en fais donc part, pour le meilleur et pour le pire. Je m’excuse du manque d’images, mais pris dans la tourmente d’un déménagement ces derniers temps, je n’ai pas pensé à conserver sur moi les photos de nos expéditions. J’espère que mon texte n’en paraîtra pas plus terne ou plus ennuyeux, il y aura bien entendu beaucoup d’occasions de se rattraper à l’avenir…
Escapade en Val-Suzon
Le Vendredi 26 Juin, Mérovée et moi-même, humbles fondateurs de ce blog, avons quitté notre quotidien couleur grisaille pour une petite escapade de deux jours dans les forêts de côte d’or aux couleurs de liberté.
Réveillés à 5 H 30, nous nous sommes adonnés aux préparations de dernière minute puis, après un solide petit-déjeuner, nous sommes partis à 7 H 00 du Belvédère de Talant pour le Nord-Ouest de Dijon. Douce Liberté ! à peine avions nous franchis le seuil que nous goûtions tes fruits, face aux vents, alors que nous quittions les rues de Talant pour rejoindre les petits sentiers tortueux des collines alentours. Nous dirigeant dans un premier temps vers l’ouest, nous allions gaiement sur les chemins, gravissant les hauteurs dans l’enthousiasme du départ, quand nos sacs ne pesaient encore rien. Une vue magnifique s’offrit à nous alors que nous surplombions les plateaux de Plombières, après une montée particulièrement athlétique dans une coulée de cailloux blancs. Nous avons ainsi continué vers l’ouest, faisant au passage la rencontre d’un curieux château, entouré d’un camp d’équitation, mais sans rencontrer d’autre trace de civilisation, enserré que nous étions entre deux grands axes de circulation.
Finalement nous reprîmes vers le Nord, coupant enfin la N71, mais sans trop s’attarder, nous laissâmes le bruit infernal de cette route pour retrouver le paisible silence des sous-bois. Après avoir coupé à travers un immense champ de blé, nous fîmes une halte sur un chemin champêtre, il était alors environ 9 H 30. Nous arrivâmes peu après à Darois, d’où nous espérions rejoindre la commune de Val-Suzon pour y pique-niquer. A notre grand dam nous fûmes mal aiguillés et nous retrouvâmes à Etaules, tout a fait au Nord.
Sans perdre notre courage, et malgré le temps qui se gâtait, nous décidâmes d’atteindre coûte que coûte le Suzon, même sans passer par Val-Suzon. Nous fûmes bientôt confrontés à un obstacle de taille : le Suzon nous était barré sur presque toute sa longueur par une bande de forêt impénétrable, et extrêmement pentue. La progression fut donc ardue et périlleuse, et nous fîmes une pause dans une clairière rocailleuse à mi-chemin, poussés par la faim (il était alors midi). A la fin de notre repas, le ciel semblait prêt à éclater, et nous entendions un vague roulement de tonnerre au loin, l’atmosphère devenait lourde et inconfortable. Arrivés au Suzon, à cet endroit étonnamment bordé de champs en lieu de pâturages, une fine pluie se mit à tomber, aussi nous rejoignîmes le couvert des arbres pour étudier un nouveau problème : le Suzon, bordé de broussailles et de clôtures barbelées, n’était pas traversable, et il était trop tôt pour retourner vers le Sud. Nous décidâmes finalement de le longer en restant à la lisière de la forêt, où un petit chemin terreux serpentait entre les ramures des arbres, tantôt s’approchant de la rivière, tantôt s’en éloignant.
Finalement nous pûmes traverser cette rivière, et prendre la départementale qui la longeait, pour arriver à Sainte Foy après vingt minutes de marche forcée sous pluie battante. De là, toujours sous la pluie, nous débutâmes une longue montée de 5 km jusqu’à Saussy, par un grand sentier forestier aux innombrables lacets. A 15 h nous y étions, mais la fatigue se faisait sentir, le temps nous inquiétait, et nous redoutions de ne pas trouver d’endroit abrité pour passer la nuit. Aussi nous nous mîmes en quête d’un abri quelconque dans le petit bois au nord de Saussy, espérant que la chance guiderait nos pas. Après une demi-heure de recherche infructueuse, la Providence enfin nous sourit : nous aurions cette nuit pour gîte une petite grotte, sorte de cavité allongée sous un promontoire rocheux, un peu masquée par les bosquets de frênes et de hêtres. Il était 16 H quand nous prîmes la décision de nous y arrêter et d’y monter notre bivouac pour la nuit. Peu après, nous fîmes la découverte d’une deuxième grotte juste à côté, un peu plus spacieuse et mieux cachée, ainsi qu’une petite troisième entre les deux. Nous décidâmes des choses ainsi : nous allumerions le feu et mangerions devant la première, en s’y abritant en cas de pluie, nous abriterions le petit bois sous la troisième, et dormirions dans la deuxième, que nous nettoyâmes et déblayâmes avant toute chose, afin d’en rendre le sol plus agréable.
La soirée comme la nuit se passèrent plutôt bien, et il n’y eut d’autre accident majeur qu’un léger débordement du feu sur la mousse tombant du haut de la grotte, vite maîtrisé. La nuit fut assez fraîche, mais nos sacs de couchage étaient assez chauds, et nous ne souffrîmes pas outre mesure du froid.
Le réveil fut assez difficile, et toute la fatigue accumulée s’y fit sentir. Après un petit-déjeuner de fruits secs et une bonne rasade d’eau fraiche, nous allions déjà mieux et, tant bien que mal, nous reprîmes la route, avec cette fois ci pour objectif de la journée l’endroit d’où nous étions partis la veille : Dijon. De Saussy, nous prîmes la D996 qui, au bout de ses 7 kilomètres, devait nous mener à Messigny-et-Ventoux.
C’est sur cette route, un quart d’heure après, alors que nous marchions de bon pas, que nous fîmes la rencontre la plus étrange de ces deux jours. Une silhouette s’approchait de nous a grande vitesse, d’une démarche saccadée, presque inhumaine. A mesure qu’elle se rapprochait, nous pûmes reconnaître une femme d’une cinquantaine d’années, petite, cheveux très courts et grisonnants, lunettes rondes, sans autre effet ni équipement qu’un short, un T-shirt, et des chaussures de randonnée qui semblaient surdimensionnées au personnage. A notre approche, elle ne ralentit pas le pas, et ne se stoppa qu’en arrivant à notre hauteur. Elle nous interpela alors, nous lui retournâmes son bonjour, elle voulut savoir ce que nous faisions dans le coin. Après quelques phrases courtes et expéditives, elle nous proposa tout de go de nous montrer un chemin plus agréable que la route, a quelques cent mètres d’ici. La proposition était presque sans appel, et nous ne pouvions qu’accepter.
Sans que nous le sachions, nous nous étions mis dans une situation très douloureuse : ce petit bout de femme marchait à un train d’enfer, que c’en était surnaturel. Surpris par sa vitesse, épuisés et ampoulés que nous étions, nous eûmes ma foi quelques difficultés à garder le rythme au début. Arrivés à l’entrée du fameux chemin, ce curieux personnage, dont nous ne connaissions strictement rien, nous « proposa » de nous accompagner sur le sentier, pour nous guider… Nous nous regardâmes en coin, inquiets, puis nous engageâmes sur les pas de la vieille femme. Nos pieds découvrirent avec douleur un chemin forestier caillouteux, escarpé à souhait, et plein d’embûches. Tel un chamois, notre guide sautillait de pierre en pierre, gardant le même rythme dans les montées. Nous étions je crois dans un charmant petit sous-bois, mais trop occupés à ne pas trébucher, garder le rythme, nous ne voyions rien du paysage.
Mais alors quelle ne fut pas notre surprise quand, après une demi-heure de marche forcée, le couvert des arbres s’ouvrit, et nous débouchâmes sur un chemin à flanc de falaise, surplombant une immensité feuillue, si impressionnante, que nous en étions estomaqués. Sans nous en rendre compte, nous étions arrivés à un des plus beaux sites de Côte D’Or, les fameux Balcons du Suzon ! Nous en avions presque oublié notre guide, qui après quelques mots et un sourire timide, nous dit au revoir. Elle reprit sa route et disparut comme elle était apparue.
Nous nous étalâmes avec un soupir de douleur sur les rochers, contemplant la magie du spectacle qui s’offrait à nos yeux, tout en pleurant la perte de nos pieds, si douloureuse que nous la pensions alors être irréparable. Nous n’en revenions pas, de cette aventure si incongrue, si étrange, à tel point que nous nous demandions si cette espèce de gnome magique, à la fois douloureux et providentiel, était bien réelle. Nous finîmes par nous accorder sur le fait qu’il fallait le bénir de nous avoir emmené sur un lieu si merveilleux. En l’espace d’une demi-heure, nous avions fait pour une heure de marche, et nous n’étions pas passés à côté de ce site.
Après quelques minutes de repos et de contemplation, nous reprîmes la route, et nous renfonçâmes dans les bois, espérant atteindre rapidement Messigny-et-Ventoux. Cette portion de forêt était tout autant escarpée que la précédente, mais n’en était pas moins agréable, lumineuse, et offrait un tableau fort pastoral. Nous arrivâmes peu après à la Roche-Château, une immense falaise creusée de cavernes, que nous contemplâmes depuis notre humaine petitesse, impressionnés par une telle concentration de force paisible et immobile. Peu après nous fîmes une autre rencontre étonnante, et ma foi peu commune, celle d’un scarabée rhinocéros. C’est un insecte magnifique, d’une demi-douzaine de centimètres, doté de deux grandes mandibules puissantes, capables de réduire en charpie le plus coriace des adversaires. Nous le laissâmes à la défense de son territoire, pour quelques minutes après déranger le bain de soleil d’une vipère, que nous eûmes juste le temps de voir s’enfuir entre les rochers, ondulant de toute sa serpentine et inquiétante beauté.
Finalement, nous nous arrêtâmes peu avant Messigny pour prendre notre déjeuner, qui fut aussi l’occasion de faire une pause, l’état de nos pieds ne faisant qu’empirer. Après Messigny-et-Ventoux, nous nous engageâmes dans un bois immense, en direction de Hauteville. Nous dûmes alors suivre un chemin si long, si droit, si égal à lui-même, que nous avions peur que cela ne finisse jamais, et que nous resterions prisonniers à jamais du chemin sans fin… Heureusement cette impression était fausse, et (très) longtemps après, le chemin tourna vers le sud pour arriver un peu après à Hauteville.
A partir de Hauteville, la progression devenait de plus en plus difficile, de plus en plus douloureuse. Mais il nous fallait continuer, nous n’osions plus nous arrêter, et nous essayions de profiter au maximum des paysages d’or et de vert qui nous entouraient. Nous fîmes en chemin la rencontre salutaire d’un petit champ de framboises sauvages, qui arrivaient à point nommé, et qui ne firent pas long feu.
Puis vint Daix, et ses rues ensoleillées. Nous en étions arrivés à un tel état, que nos pieds se résumaient à deux masses de chair enflée, et chaque pas était en soi un supplice, dont la douleur sourde prenait sa source dans le pied, pour ensuite résonner dans toute la jambe, pour au final remonter dans le dos, mis à rude épreuve par nos sacs. A tel point que nous en étions à marcher sur les plates-bandes de gazon, qui étaient moins dures que le goudron.
Quel soulagement pour moi alors d’arriver enfin à Talant, et de parcourir les derniers mètres avant ma porte, que j’avais laissée avec si peu de regret la veille ! Tout en ayant une pensée émue pour mon compagnon, qui devait lui redescendre jusqu’à Dijon…
Rétrospectivement, cette petite randonnée fut pour moi une belle expérience. Découvrir des paysages magnifiques mais insoupçonnés si près de chez moi fut très intéressant. En plus d’être un véritable régal pour les yeux, ce fut un véritable apprentissage de la vie, voire de la survie. Si c’était à refaire, je m’y mettrais avec encore plus d’entrain (mais choisirais peut-être d’autres chaussures). Peut-être que Mero voudra rajouter quelque chose à cela, je l’invite à le faire par la voie des commentaires.
PS : J’ai pris peu de photos lors de ces deux jours, seulement des Balcons du Suzon, mais je ne les ai pas sous la main au moment où j’écris cet article, je m’en excuse. Je les mettrai sur le blog dès que possible.
Trois Jours Aux Grands Moulins
Nous étions depuis assez longtemps intéressés par une association au nom peu ordinaire, l’Association Des Racines Et Des Elfes. Nous sommes entrés en contact avec un de leurs membres, que nous avons même rencontré à Dijon, afin qu’il nous explique leur projet, et que nous puissions échanger nos vues à ce sujet. Deux ou trois mois après, et à la suite d’un intense échange de courriers électroniques, nous étions invité à rejoindre Olivier aux Grands Moulins, petit patelin du nivernais où il s’était installé début juillet avec sa famille, afin d’accueillir les membres et sympathisants dans les meilleures conditions. Nous nous arrangeâmes donc pour nous libérer trois jours de nos occupations et nous fûmes reçus le 9 Août au matin dans l’épicentre de cette association dispersée sur toute la France et l’Europe de l’Ouest, pour au final y rester jusqu’au 12 au matin. La propriété en question appartient à un tailleur de pierre installé depuis longtemps dans la Nièvre, qui en a généreusement loué une partie à Olivier afin qu’il puisse aménager des locaux pour l’association. C’est donc dans le but d’aider notre ami à la rénovation de ces locaux que nous rejoignîmes le petit groupe de volontaires qui, comme nous et pour de diverses raisons, se faisaient un plaisir d’offrir sang et sueur à la concrétisation du projet de l’ADREDE.
Nous fûmes chaleureusement accueillis, bien que nous ne connaissions personne au départ, nous n’avions même encore jamais vu notre hôte en chair et en os… Je dois dire que l’ambiance dans cette petite communauté de travailleurs était fort agréable, sans doute en partie grâce à l’enthousiasme très contagieux d’Olivier, et à la cuisine excellente de sa femme, que je ne féliciterai jamais assez pour son courage. Nous formions un petit groupe hétéroclite d’une quinzaine de personnes aux âges très variés, enfants, adolescents et adultes se côtoyant dans la bonne humeur.
Géographiquement parlant, l’endroit était, ma foi, tout ce qu’il y a de plus charmant. Agréablement serti dans un paysage vallonné à souhait, recouvert de gras pâturages et de bosquets de feuillus, le site était totalement entouré d’eau ; délimité d’une part par une Yonne fraîche et ombragée, et d’autre part par les multiples ramifications du bief de ce vieux moulin XVIIème, qui donne son nom au lieu-dit. Nous logeâmes d’ailleurs dans l’ancienne salle des meules, et je pense pouvoir affirmer n’avoir jamais dormi dans un lieu aussi humide… Ni aussi agréable, certes.
Le travail était épuisant, inutile de le cacher, mais comme tout travail manuel accompagné d’une intense satisfaction. Construire, bâtir, est une chose merveilleuse, et le faire à plusieurs c’est encore mieux. Les moments de détente, tout de même assez nombreux, n’en étaient que plus agréables, et reposants. La fraîcheur et la douce humidité du site firent de ce séjour une pause salvatrice dans un été brûlant, étouffant. Les convives ne partageaient pas tous les mêmes opinions, mais les conversations autour de la table n’en étaient pas moins détendues et enrichissantes.
Je ne présenterai pas trop longtemps le projet de l’ADREDE, et vous inviterais plutôt à vous rendre sur leur page internet. Nous avons contribué ces trois jours durant à la rénovation de locaux, qui à long terme pourront servir de chambres d’hôtes comme source de revenu pour l’association. Mais ils pourront aussi servir de salle de conférence/réunion ; bref constituer un lieu sûr et agréable, un refuge pour tous les hommes et femmes désireux de retrouver leurs racines terrestres, et de les plonger dans un terreau plus agréable que le béton des villes. L’ADREDE a pour but de rassembler des gens qui, moralement plus que politiquement, partagent les mêmes idéaux mais se retrouvent séparés et isolés par une société hostile et corruptrice. Ce mouvement fédérateur permettra aussi aux membres de redécouvrir le patrimoine français et européen, ainsi que la nature, véritable, rustique et rurale, et de partager des moments de convivialité et de franche camaraderie, de rencontrer d’autres personnes, bref de briser leur quotidien.
Ce fut donc pour Mero comme pour moi une expérience enrichissante et… réconfortante. Se sentir moins seul, se sentir soutenu et approuvé est je pense indispensable pour faire face à ce monde de béton et d’acier, pour mettre ses convictions à l’épreuve, afin qu’elles en ressortent affinées, renforcées. Que puis-je faire, sinon inviter les lecteurs de cet article qui se sentiraient proches des idéaux que nous partageons avec l’ADREDE à prendre contact avec eux, et aller voir par eux-mêmes ?
Ci-joint le lien vers le site de l’ADREDE (cliquer sur la bannière)
UD
21:10 Publié dans Voyages et récits | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : récit, voyage, aventure, expérience, adrede, nature, camaraderie, nièvre, côte d'or, bourgogne
