25.06.2009
La Tour de Babel
Genèse 11 1-5
« Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots. Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent. Ils se dirent l'un à l'autre: « Allons! Faisons des briques et cuisons-les au feu! » La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. Ils dirent « Allons! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux! Faisons-nous un nom et ne soyons plus dispersés sur toute la terre ! »
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Étonnante leçon que devraient nous donner ces versets de la Bible. La tour de Babel, symbole de l'orgueil de l'homme, fut jetée à terre par Dieu avant qu'il ne disperse l'Humanité sur le globe. Pourtant aujourd'hui, c'est un éternel recommencement auquel nous assistons.
L'homme veut sans cesse se rassembler, s'unifier. Il est toutefois désolant de noter que les plus fervent détracteurs de l'uniformisation culturelle issue du système colonial reproduisent un ersatz de ce système. La culture européenne doit supplanter les identités nationales. Ces mêmes identités nationales qui il n'y a pas si longtemps supplantaient les identités locales et religieuses. Depuis 300 ans le monde change à une vitesse effrénée mais depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, cette logique d'évolution s'est traduite par la logique du toujours plus. On veut toujours plus d'identification, de généralisation, de classification. Le prix à payer pour ces résultats est terrible. La leçon de l'échec colonial comme le fait justement remarquer Théodore Monnod aurait du servir. Reprenons son exemple de l'Afrique:
« L’Afrique existe, très concrètement. Il serait donc absurde de continuer à la regarder comme une table rase à la surface de laquelle on peut bâtir, ex nihilo, n'importe quoi, comme une substance informe à laquelle on puisse infliger, au gré de l'opérateur, n'importe quel moule. »
Et de continuer sur la généralisation:
« Dans notre sotte – et paresseuse – passion de la généralisation abstraite, nous sommes persuadés qu'un système d'enseignement, un mode de scrutin, un code, un régime son bon « en soi » et automatiquement salutaires à la totalité du globe, alors qu'on voit mal, a priori, pourquoi ce qui a réussi (quand c'est le cas!) sous 45° de latitude nord serait nécessairement bénéfique aux bergers du Tibesti ou aux Pygmées de la forêt vierge. »
La passion de la généralisation s'explique dans l'orgueil de l'homme. Cet orgueil le pousse à faire des classifications afin de mesurer son importance. Assuré de sa supériorité, établie sur des critères subjectifs, il s'en va, investi d'une mission « divine » de civilisation des populations sauvages. Ainsi la tendance actuelle est à l'uniformisation culturelle afin que l'Humanité tout entière réunie dans la grandeur du système occidental décadent puisse s'élever vers l'éther. Mais cette élévation se fait au prix terrible de la perte des cultures. Pourtant l'homme aurait tant à gagner en confrontant ces cultures plutôt qu'en voulant imposer la domination de l'une sur l'autre jusqu'à l'hégémonie de celle-ci.
C'est ainsi qu'à force d'effort, les hommes se rassemblent et bâtissent ensemble une multitude de Babel dont les tours pénètrent selon la formule biblique les cieux. C'est toujours dans cette logique du toujours plus que ces tours semblent sans cesse en compétition pour savoir quel architecte réussira enfin à dominer le monde de toute la hauteur de sa création.
Pourtant Dieu jeta la tour de Babel à terre et l'on peut penser que l'homme se verra punit de la même manière. D'un point de vue plus laïc, la Nature reprendra ses droits et l'orgueil de l'homme se verra bien amoché lorsque ces stalagmites de béton, d'acier et de verre s'écrouleront sur elles-mêmes.
La solution se trouve probablement dans cette citation de Teilhar de Chardin quand à propos des races humaines il parle de « diversité fonctionnelle », « d'essentielle complémentarité » et « d'union qui différencie. »
Abbadon
10:24 Publié dans Réflexions, Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : tour de babel, diversité, identité, bible, verset, genèse, ancien testament, modernité, cycles, orgueil
23.06.2009
Le panache du magyar
11:54 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : györgy budaházy, magyar, nationalisme hongrois, liberté, fierté, peuple hongrois
15.06.2009
Cet été ...
09:36 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : adrede
12.06.2009
Rameau ou le fleuron du classicisme français
C’est aujourd’hui vers Jean-Philippe Rameau que j’ai décidé de tourner mon regard, ou plutôt mon oreille. Le célèbre compositeur classique était natif de Dijon, où une place lui est aujourd’hui consacrée, et cela a bien évidemment attisé le désir que j’avais de partager avec nos lecteurs mon ressenti à l’égard de son œuvre musicale.
Je me souviens encore de la première fois où j’ai entendu l’une de ses pièces pour clavecin. Quelle félicité s’est alors emparée de moi, et quelle joie à la découverte de ces accents vibrants de vie et de gaieté ! Rameau, c’est tout un univers de senteurs, de lumières et d’émotions, dans lequel on ne peut entrer qu’émerveillé. Sa musique nous ouvre les portes d’un monde charmant et pittoresque, où tout ne serait que bonheur et plaisant. C’est avec talent qu’il fait vivre ce monde en notre esprit, et rien ne m’est plus agréable que de laisser voguer mon imagination sur le fleuve limpide de ses mélodies.
Cet artiste extraordinaire parvient, par le seul truchement d’une trame musicale savamment composée, à nous peindre de splendides tableaux aux odeurs de fruits d’été, de rosée printanière et de contes merveilleux, agrémenté d’une teinte d’exotisme. Ce de façon si réaliste, que l’on souhaiterait s’y perdre et y errer pour toujours, tantôt charmé par d’élégantes nymphes, tantôt terrifié par quelque grotesque créature.
Un compositeur de génie donc, qui dans une œuvre toute empreinte de spiritualité, parvient à concilier une imagination débordante avec une technique remarquable, fruit du classicisme français dont il incarne l’apogée. On ne peut se lasser de cet artiste, dont la richesse d’émotions et la maîtrise de la grammaire musicale ne cessent d’impressionner.
Les mots ne suffisent pas pour décrire les instants de pure beauté que j’ai pu vivre à l’écoute de ce compositeur, et voici donc quelques unes de ces délicieuses pièces pour clavecin, ici interprétées avec brio par Mordecai Shehori, un célèbre pianiste israélo-américain. Ces morceaux sont assez courts, donc parfaits pour vous donner un aperçu du style de Jean-Philippe Rameau. En guise de poursuite je vous invite à écouter son fameux opéra Les Indes Galantes, un incontournable du genre.
UD
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18:08 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : rameau, musique classique, compositeur, classicisme, dijon, pièces pour clavecin
11.06.2009
L'Amour et l'Occident
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Amour et mort : voilà, pour Denis de Rougemont, la rencontre qui structure la conscience occidentale - une conscience passionnelle. Et cet amour-passion prend, presque toujours, la forme de l'adultère, avec la souffrance qu'engendre la contradiction entre ce que nous devons, et ce que nous voulons. Ainsi, l'occidental présente une particularité déroutante : il aime ce qui le fait souffrir. |
| L'origine de cette particularité remonte, à ses yeux, aux mythes forgés par les classes supérieures du XII° et XIII° siècle. Ces mythes, nous dit-il, ne sont pas ce qu'ils ont l'air d'être. Le roman de Tristan est en réalité une construction symbolique, permettant à la société d'alors de s'évader du carcan de règles, de plus en plus contraignantes, où l'Eglise enserrait la société médiévale. C'est donc, dans une certaine mesure, une institution imaginaire permettant à l'institution réelle de fonctionner malgré la contradiction qui la mine, entre morale chevaleresque et morale chrétienne. Cependant, au-delà de cette analyse sommaire, une autre vérité du roman existe : il exprime un conflit intérieur, entre le bonheur et ce à quoi aspirent les êtres, au-delà du bonheur lui-même. Et ce « quelque chose » impossible à nommer, la passion, l'amour, l'amour-passion est d'essence religieuse. Les amants du mythe sont ravis « par delà le bien et le mal », « au-delà du monde ». D'où la constante séparation des amants : grâce à elle, ils peuvent aimer le véritable objet de leur amour, c'est-à-dire l'amour lui-même. Qu'est-ce que cet amour-passion épris de lui-même ? C'est fondamentalement l'amour de la mort, c'est-à-dire l'amour comme porte vers la mort. L'occidental, pour Denis de Rougemont, est l'homme qui souhaite la mort et vit, passionnément pour, à travers la passion, à travers l'amour réciproque malheureux, expérimenter dans la vie la paix de la mort. Pourquoi cet appétit de souffrance ? Parce que de la souffrance naît la conscience. L'occidental, dès l'origine, dès le XII° siècle, est un homme qui a peur de la mort, mais qui aime cette peur, parce qu'elle fonde son rapport au monde. D'où son enthousiasme guerrier, son appétit de conquête, son besoin de victoire, sa soif de découverte - et son malheur inéluctable. Scriptoblog sur l'Amour et l'Occident, de Denis de Rougemont
+Merci à Benjamin+ |
09:18 Publié dans Héritage et traditions, Réflexions, Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : l'amour et l'occident, denis de rougemont, christianisme, manichéisme, amour courtois
09.06.2009
L'art est esprit
Le but de l'art, son besoin originel, c'est de produire aux regards une représentation, une conception née de l'esprit, de la manifester comme son œuvre propre ; de même que, dans le langage, l'homme communique ses pensées et les fait comprendre à ses semblables. Seulement, dans le langage, le moyen de communication est un simple signe, à ce titre, quelque chose de purement extérieur à l'idée et d'arbitraire.
L'art au contraire, ne doit pas simplement se servir de signes, mais donner aux idées une existence sensible qui leur corresponde. Ainsi, d'abord, l'œuvre d'art, offerte aux sens, doit renfermer en soi un contenu. De plus, il faut qu'elle le représente de telle sorte que l'on reconnaisse que celui-ci, aussi bien que sa forme visible n'est pas seulement un objet réel de la nature, mais un produit de la représentation et de l'activité artistique de l'esprit. L'intérêt fondamental de l'art consiste en ce que ce sont les conceptions objectives et originelles, les pensées universelles de l'esprit humain qui sont offertes à nos regards.
Hegel, Esthétique, 1969.
21:39 Publié dans Philosophie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : hegel, esthétique, art, spiritualité, définition, texte, extrait
05.06.2009
Etreintes Brisées
C’est non sans a priori que je me suis rendu au cinéma pour voir le dernier film d’Almodovar. En effet le réalisateur dit de « la nouvelle vague espagnole », s’est fait connaître pour son obsession du phénomène transgenre (bi, homo, trans. et j‘en passe des meilleurs) mais aussi un réel intérêt pour la consanguinité et l’inceste.
Avec une touche de morale boboisante du type critique sociale sur le système de santé, les inégalités sociale, défense du féminisme… Almodovar s’inscrit aussi dans un courant clairement anticlérical n’hésitant pas à faire des amalgames du type curés/pédophiles (cf.: La Mauvaise Education). En somme un tout très conformiste dans le cinéma actuel.
Cependant Etreintes Brisées sort des clichées habituels du cinéaste, généralement assez « crue » voir vulgaire (cf.: Volver) il maintient dans ce film une certaine retenue (si l’on met à part quelques répliques) et développe un réel esthétisme avec de superbes prises de vue agrémentés d’une musique troublante et qui se fond dans l’image.
Le jeux des acteurs est vraiment bon avec une Pénélope Cruz au sommet de son art et un Lluis Homar qui excelle dans son rôle d’aveugle nostalgique.
Le suspense, bien que n’étant pas une condition sine qua non à la réussite d’un film, nous tient en haleine jusqu’au bout tout en sachant que la fin sera dramatique, le tout étant de savoir : comment en est on arrivé là ?
Le film tourné dans le film donne un effet de réel troublant et humoristique à la fois.
Le drame amoureux, la jalousie, la trahison sont omniprésent, les histoires s’entrecoupent avec les sentiments pour arriver à une fin répondant à nos interrogations.
Ce dernier film de Pedro Almodovar est une vraie réussite, il prouve que l’on peut faire du cinéma latin amoral sans tomber dans le sordide et réhabilite, un peu, Almodovar dans mon estime.
Robert-Louis Fratriac
12:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : almodovar, étreintes brisées, cinéma, critique, cinéma latin
04.06.2009
L'esthétique du laid
Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme,
Ce beau matin d'été si doux :
Au détour d'un sentier une charogne infâme
Sur un lit semé de cailloux,
Les jambes en l'air, comme une femme lubrique,
Brûlante et suant les poisons,
Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique
Son ventre plein d'exhalaisons.
Le soleil rayonnait sur cette pourriture,
Comme afin de la cuire à point,
Et de rendre au centuple à la grande nature
Tout ce qu'ensemble elle avait joint ;
Et le ciel regardait la carcasse superbe
Comme une fleur s'épanouir.
La puanteur était si forte, que sur l'herbe
Vous crûtes vous évanouir.
Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D'où sortaient de noirs bataillons
De larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons.
Tout cela descendait, montait comme une vague,
Ou s'élançait en pétillant ;
On eût dit que le corps, enflé d'un souffle vague,
Vivait en se multipliant.
Et ce monde rendait une étrange musique,
Comme l'eau courante et le vent,
Ou le grain qu'un vanneur d'un mouvement rythmique
Agite et tourne dans son van.
Les formes s'effaçaient et n'étaient plus qu'un rêve,
Une ébauche lente à venir,
Sur la toile oubliée, et que l'artiste achève
Seulement par le souvenir.
Derrière les rochers une chienne inquiète
Nous regardait d'un oeil fâché,
Épiant le moment de reprendre au squelette
Le morceau qu'elle avait lâché.
Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion !
Oui ! telle vous serez, ô reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l'herbe et les floraisons grasses.
Moisir parmi les ossements.
Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j'ai gardé la forme et l'essence divine
De mes amours décomposés !
Charles Baudelaire, issu du recueil Les Fleurs du Mal, in Spleen et Idéal
(Photographie de Charles Baudelaire par Nadar)
20:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : baudelaire, poésie, les fleurs du mal, spleen et idéal, une charogne
03.06.2009
"Dimanche et humanité"
Francis Deniau, évêque de Nevers, sait qu’il faudra toujours que certains professionnels travaillent le dimanche. C’est une question d’humanité, mais cela ne doit pas devenir la règle.
L’évêque pour la Nièvre prend position. Travailler le dimanche ne doit pas guider la vie des personnes.
« Quel entêtement idéologique ou quelle surdité pousse à proposer une nouvelle mouture d’une loi élargissant les conditions permettant un travail du dimanche ?
Permettre de travailler plus et de consommer plus ? Est-ce vraiment un objectif à faire passer en premier alors que beaucoup alertent aujourd’hui sur des conditions de vie et de travail qui fragilisent la vie des couples et des familles, qui ne permettent guère aux parents et aux enfants de se retrouver pour des moments de convivialité, d’échange, de détente ensemble ?
Va-t-on une nouvelle fois sacrifier au sacro-saint marché l’équilibre de vie des personnes, la vie sociale et les possibilités de rencontres culturelles, associatives ou de loisirs ? Ne sommes-nous que des vendeurs et des consommateurs ? Ou est-ce encore autre chose qui fait notre humanité ?
Les syndicats dénoncent un aspect de plus du grignotage des acquis sociaux. Les associations familiales réclament une plus réelle attention aux conditions de vie des familles, déjà entamées par les horaires de travail, voire les lieux de travail, qui séparent les couples dans la vie quotidienne. Je suis témoin de ces dégradations. Le repos du septième jour est un cadeau fait par la tradition juive à l’humanité. Avant d’être une prescription religieuse, il a été la plus ancienne loi sociale : l’interdit de travailler, et de faire travailler les autres le septième jour. Il rend possible de vrais rapports sociaux ; il fait du travail autre chose qu’un asservissement ; il humanise notre vie.
Il faudra toujours que les pompiers, les travailleurs de la santé, et bien d’autres travaillent le dimanche. C’est un service de l’humanité. Mais faire de ces exceptions une règle pour tous va contre l’humanité de notre vie. »
Article paru dans le Journal du Centre le samedi 23 Mai 2009
16:07 Publié dans Résistance | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : francis deniau, évêque, nièvre, article de journal, journal du centre, proposition de loi, réaction, actualité, position
01.06.2009
A irmandade das estrelas
16:26 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : carlos nuñez, a irmandade, musique celtique, galice




