30.09.2009

Le romantisme allemand

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Personne, je crois, n’a parlé de l’Allemagne avec plus d’enthousiasme que les romantiques français. Il faut pour s’en convaincre lire les lettres qu’Edgar Quinet envoyait à sa mère depuis Heidelberg. Le plus étrange, c’est que presque personne ne savait alors l’allemand en France, pas même Mme de Staël qui a le plus contribué à faire connaître l’Allemagne. Musset déclare : « Le romantisme est la fille de la poésie allemande » et Nodier voit « dans cette merveilleuse Allemagne » la dernière patrie de la poésie. Pour Victor Hugo, « La France et l’Allemagne sont essentiellement l’Europe : l’Allemagne est le cœur et la France la tête. » , S’il n’était pas Français, il voudrait être Allemand. Lamartine écrivit un jour à un ami séjournant à Francfort : « Tu es heureux d’être forcé d’apprendre l’allemand. Tout considéré il n’y a plus que cette nation qui pense. Toute l’Europe recule et ils avancent : mais ils iront plus loin que nous n’avons été, parce que chez eux tout repose sur un principe vrai et sublime : Dieu et l’Infini. »

Image : Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages.

 

28.09.2009

Contre les bûcherons de la forêt de Gastine

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Ecoute, Bûcheron, arrête un peu le bras!
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas:
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force
Des Nymphes qui vivaient dessous la duré écorce?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer des Déesses?


Forêt, haute maison des oiseaux bocagers,
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte crinière
Plus du soleil d'été ne rompra la lumière,
Plus l'amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant son flageolet à quatre trous percé,
Son mâtin à ses pieds, à son flanc sa houlette,
Ne dira plus l'ardeur de sa belle Janette.
Tout deviendra muet; Echo sera sans voix;
Tu deviendras campagne et, en lieu de tes bois,
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu sentiras le soc, le coutre et la charrue;
Tu perdras ton silence, et haletants d'effroi
Ni Satyres ni Pans ne viendront plus chez toi.


Adieu, vieille forêt, le jouet de Zéphyre,
Où premier j'accordai les langues de ma lyre,
Où premier j'entendis les flèches résonner
D'Apollon, qui me vint tout le coeur étonner;
Où premier admirant la belle Calliope,
Je devins amoureux de sa neuvaine trope,
Quand sa main sur le front cent roses me jeta
Et de son propre lait Euterpe m'allaita.
Adieu, vieille forêt, adieu têtes sacrées,
De tableaux et de fleurs autrefois honorées,
Maintenant le dédain des passants altérés,
Qui, brûlez en été des rayons éthérés,
Sans plus trouver le frais de tes douces verdures,
Accusent vos meurtriers et leur disent injures.
Adieu, chênes, couronne aux vaillants citoyens,
Arbres de Jupiter, germes Dodonéens,
Qui premiers aux humains donnâtes à repaître!
Peuples vraiment ingrats, qui n'ont su reconnaître
Les biens reçus de vous, peuples vraiment grossiers
De massacrer ainsi nos pères nourriciers!


Que l'homme est malheureux qui au monde se fie!
O Dieux, que véritable est la Philosophie
Qui dit que toute chose à la fin périra
Et qu'en changeant de forme une autre vêtira;
De Tempé la vallée un jour sera montagne
Et la cime d'Athos une large campagne,
Neptune quelquefois de blé sera couvert;
La matière demeure, et la forme se perd.

 


Pierre de Ronsard

24.09.2009

A choisir...

Avant :

 

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Louis XVI, Noël 1792, à propos des traîtres avant son exécution :

« Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l’ingratitude ; mais je leur pardonne (souvent dans les moments trouble, et d’effervescence, on n’est pas maître de soi), et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion de ne songer qu’a leur malheur. »

Après :
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Nicolas Sarkozy, 2006 dans  La Tragédie du président de Franz Olivier Giesbert à propos des « coupables » de l’affaire Clearstream.

« Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher. »

Robert-Louis Fratriac

21.09.2009

Faits divers(2)

La terrasse d’un petit bistrot en centre ville. Fin de journée d’automne, les travailleurs harassés se chicanent autour de quelques pintes de bière. Il fait encore chaud pour la saison, et la circulation est intense, les rires gras se perdent dans le tintamarre des roues et des klaxons.

Une automobile rutilante s’immobilise un peu plus loin dans la rue. Deux jeunes femmes sortent, gloussantes. Peaux mates, cheveux décolorés, débardeurs et argot. Viennent au café, prennent à parti une grosse dame brune, un peu rougeaude, assise à une table.

Soudain l’orage tonne, éclats de voix. Les clients du bar d’en face se retournent, cherchent l’évènement des yeux. La grosse femme s’est levée, elle gueule, tente de faire face. Pas de mots, seulement des cris indistincts, perdus dans le chaos des embouteillages. Ricanements des badauds, tous les yeux sont tournés vers la scène.

Un coup part, un sac à main s’envole, la grosse femme tombe, se relève et gueule de plus belle. Arrive le patron, bonhomme et conciliant. Bien vite il abandonne, s’en retourne d’un air las. On regarde le spectacle, et comme si tout n’était que comédie, on rie, on décale son siège pour mieux voir.

Cascade de haine, insultes, mots en « asse », et puis finalement une chaise s’envole pour atterrir dans la vitrine du bar. Jubilation des spectateurs, on s’envoie de bons mots et on plaisante, puis les femmes partent, retournent à leur voiture, jacassant toujours.

On commente l’évènement, sans trop y croire, puis on oublie, et la bière coule à nouveau.

UD

20.09.2009

Jeanne Jugan

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Conférence avec l'association RENAISSANCE :

 

 

Jeanne Jugan : fondatrice des Petites Soeurs des Pauvres, une sainte pour notre temps

 

Jeudi 22 octobre 2009

A 20h30

Au grand amphithéâtre du Centre universitaire catholique de Bourgogne (CUCDB)

69, avenue Aristide Briand à Dijon


 

 

19.09.2009

La peste blanche

Nous sommes à la fin des années 1970, deux hommes, l'un et l'autre " optimistes par tempérament ", un historien et un journaliste, Pierre Chaunu et Georges Suffert, se sont associés pour procéder à une enquête sur les raisons de la tentation suicidaire qui assaille l'Occident et pour tenter d'y trouver un remède.

 

[P.C. : ] Nous savons maintenant que cette peste blanche est en profondeur une crise d'identité. Cette perte de la mémoire, c'est une maladie de la personne. Nous ne savons plus qui nous sommes, pourquoi nous sommes là et quelle mission nous a été confiée. Peu de gens, en réalité, l'ont su, depuis que l'homme s'interroge la nuit en observant le déplacement insensible des étoiles. Mais la plupart d'entre eux ont refusé l'idée d'une non-signification des choses et des êtres. A cette minute, ils ont choisi la survie collective. Et c'est grâce à cette résolution simple que l'espèce, que les hommes ont réussi l'incroyable épopée dont nous sommes les héritiers.

[...]

Ça a l'air d'une blague. Mais l'Occident tout entier est dans la position d'Hamlet. Ce dernier quart du XXe siècle est la plus haute tour d'Elseneur. Nous sommes assis sur un créneau, nous regardons le brouillard qui monte de la mer, et nous nous demandons s'il faut continuer à naviguer ou s'il ne serait pas plus pratique de nous endormir ou de sauter dans le vide. Je suis, nous sommes, pour la navigation. Et nous savons à quelle condition elle peut avoir lieu : si les hommes de cette époque s'arrachent au désespoir, la vie renaîtra. les hommes de media ont tous rêvé au Printemps de Prague ; nous leur proposons un Printemps de l'Espèce. Ce n'est pas si mal.

G.S. : C'est la condition de la redécouverte et du dépassement de notre identité. Au fond, nous sommes peut-être à la fin du Premier jour du monde. Si nous sommes dans la position d'Hamlet, c'est que nous avons accédé collectivement à la liberté. Nous pouvons laisser tomber ce " sac et cette corde " ; nous pouvons nous délester du fardeau de l'être. Ou bien, foncer. [...]

P. C. : Evidemment. Ce redressement, s'il se produit, nous n'en verrons pas les conséquences. C'est toujours comme cela. C'est sans importance. Et il est vrai que nous rêvons. Tant mieux. Ce sont les rêves qui font l'histoire.

 

Pierre Chaunu et Georges Suffert, La Peste blanche, 1979

 


10.09.2009

« Instanbul à Bibracte ». Mickey à Babylone ?

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09.09.2009

Saint Bernard, selon R. Guénon


Parmi les grandes figures du moyen âge, il en est peu dont l’étude soit plus propre que celle de saint Bernard à dissiper certains préjugés chers à l’esprit moderne. Qu’y a-t-il, en effet, de plus déconcertant pour celui-ci que de voir un pur contemplatif, qui a toujours voulu être et demeurer tel, appelé à jouer un rôle prépondérant dans la conduite des affaires de l’Église et de l’État, et réussissant souvent là où avait échoué toute la prudence des politiques et des diplomates de profession ? Quoi de plus surprenant et même de plus paradoxal, suivant la façon ordinaire de juger les choses, qu’un mystique qui n’éprouve que du dédain pour ce qu’il appelle « les arguties de Platon et les finesses d’Aristote », et qui triomphe cependant sans peine des plus subtils dialecticiens de son temps ? Toute la vie de saint Bernard pourrait sembler destinée à montrer, par un exemple éclatant, qu’il existe, pour résoudre les problèmes de l’ordre intellectuel et même de l’ordre pratique, des moyens tout autres que ceux qu’on s’est habitué depuis trop longtemps à considérer comme seuls efficaces, sans doute parce qu’ils sont seuls à la portée d’une sagesse purement humaine, qui n’est pas même l’ombre de la vraie sagesse. Cette vie apparaît ainsi en quelque sorte comme une réfutation anticipée de ces erreurs, opposées en apparence, mais en réalité solidaires, que sont le rationalisme et le pragmatisme; et, en même temps, elle confond et renverse, pour qui l’examine impartialement, toutes les idées préconçues des historiens « scientistes » qui estiment avec Renan que « la négation du surnaturel forme l’essence même de la critique », ce que nous admettons d’ailleurs bien volontiers, mais parce que nous voyons dans cette incompatibilité tout le contraire de ce qu’ils y voient, la condamnation de la « critique » elle-même, et non point celle du surnaturel. En vérité, quelles leçons pourraient, à notre époque, être plus profitables que celles-là ?

[...]

 

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La doctrine de saint Bernard est essentiellement mystique; par là, nous entendons qu’il envisage surtout les choses divines sous l’aspect de l’amour, qu’il serait d’ailleurs erroné d’interpréter ici dans un sens simplement affectif comme le font les modernes psychologues. Comme beaucoup de grands mystiques, il fut spécialement attiré par le Cantique des Cantiques, qu’il commenta dans de nombreux sermons, formant une série qui se poursuit à travers presque toute sa carrière; et ce commentaire, qui demeura toujours inachevé, décrit tous les degrés de l’amour divin, jusqu’à la paix suprême à laquelle l’âme parvient dans l’extase. L’état extatique, tel qu’il le comprend et qu’il l’a certainement éprouvé, est une sorte de mort aux choses de ce monde; avec les images sensibles, tout sentiment naturel a disparu; tout est pur et spirituel dans l’âme elle-même comme dans son amour. Ce mysticisme devait naturellement se refléter dans les traités dogmatiques de saint Bernard; le titre de l’un des principaux, De diligendo Deo, montre en effet suffisamment quelle place y tient l’amour; mais on aurait tort de croire que ce soit au détriment de la véritable intellectualité. Si l’abbé de Clairvaux voulut toujours demeurer étranger aux vaines subtilités de l’école, c’est qu’il n’avait nul besoin des laborieux artifices de la dialectique; il résolvait d’un seul coup les questions les plus ardues, parce qu’il ne procédait pas par une longue série d’opérations discursives; ce que les philosophes s’efforcent d’atteindre par une voie détournée et comme par tâtonnement, il y parvenait immédiatement, par l’intuition intellectuelle sans laquelle nulle métaphysique réelle n’est possible, et hors de laquelle on ne peut saisir qu’une ombre de la Vérité.

 

[...] Il aimait à donner à la Sainte Vierge le titre de Notre-Dame, dont l’usage s’est généralisé depuis son époque, et sans doute en grande partie grâce à son influence; c’est qu’il était, comme on l’a dit, un véritable « chevalier de Marie », et qu’il la regardait vraiment comme sa « dame », au sens chevaleresque de ce mot. Si l’on rapproche ce fait du rôle que joue l’amour dans sa doctrine, et qu’il jouait aussi, sous des formes plus ou moins symboliques, dans les conceptions propres aux Ordres de chevalerie, on comprendra facilement pourquoi nous avons pris soin de mentionner ses origines familiales. Devenu moine, il demeura toujours chevalier comme l’étaient tous ceux de sa race; et, par là même, on peut dire qu’il était en quelque sorte prédestiné à jouer, comme il le fit en tant de circonstances, le rôle d’intermédiaire, de conciliateur et d’arbitre entre le pouvoir religieux et le pouvoir politique, parce qu’il y avait dans sa personne comme une participation à la nature de l’un et de l’autre. Moine et chevalier tout ensemble, ces deux caractères étaient ceux des membres de la « milice de Dieu », de l’Ordre du Temple; ils étaient aussi, et tout d’abord, ceux de l’auteur de leur règle, du grand saint qu’on a appelé le dernier des Pères de l’Église, et en qui certains veulent voir, non sans quelque raison, le prototype de Galaad, le chevalier idéal et sans tache, le héros victorieux de la « Queste du Saint Graal ».

 

René GUÉNON

Publié dans La vie et les oeuvres de quelques grands saints,
Librairie de France, s. d.

Source

 

01.09.2009

Simple folklore ?

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